‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 300 sur 479 · LA PAIX DE BRISSAC · texte numérisé non relu

LA PAIX DE BRISSAC

Mais l'accord ne se signe pas encore. Les députés de la Reine défendent le terrain, pied à pied. Ils discutent, comme si rien ne s'était passé.

Richelieu, qui sait la hâte de Luynes, reprend tous ses avantages. IL traine encore des jours, tandis que l'entourage de la reine tremble de peur, le presse et l’accuse. Enfin, le 10, il conclut; et l’'arrangement est tel, que, dans de telles circonstances, on peut dire qu'il gagne la partie sur toute la ligne. Marie de Médicis obtenait, pour elle et les siens, pleine et entière décharge, le traité d'Angoulême était confirmé de tous points; tous les partisans de la reine étaient réintégrés dans leurs fonctions, charges, pensions, etc.; aucune poursuite n'était exercée contre eux; les prisonniers étaient délivrés; la reine recouvrait le château des Ponts-de-Cé, et les grands seigneurs de son parti les places rendues au Roi; les sommes que la reine et ses partisans avaient prélevées indûment seraient payées par le Roi; la reine

recevrait trois cent mille livres comptant, et trois cent mille livres

l’année suivante, pour payer les dettes qu'elle avait contractées. En é change, Marie de Médicis ne promettait guère qu'une chose : c'était de vivre en bonne intelligence avec la cour et, en particulier, avec le favori (1).

L’entrevue qui eut lieu, le 13, entre le Roi et la reine mère fut cordiale. Louis XIII était transformé et humanisé par le succès (2). Marie de Médicis était heureuse de s'être tirée à si peu de frais de la bagarre; elle ne pouvait qu'être touchée de l’indulgence qu'on avait pour elle et des égards qu'on lui témoignait. Le Roi alla au-devant de sa mère, qui, venant d'Angers, le rejoint au chàteau de Brissac où il est descendu. Il la rencontre à une demilieue; elle retire son masque, et lui, fendant la foule des courti-

l'évêque de Lucon et le prince de Condé. B. N., fonds Clairembaut, vol, 1132 (f° 20)

(1; Les documents relatifs à cette négociation sont conservés avec Affaires Etrangères (vol. 773, f° 105). Plusieurs des minutes sont de la main de Richelieu. L’original de l'accord est signé Louis, MARIE, POTIER.

(2) Du côté de la cour, on avait le sentiment que le royaume avait échappé à un grand danger. On craignait une intervention des archiduces et de l'Espagne; Barbin, à Liège, enrôlait des troupes. On avait aussi des craintes du côté de l’Angleterre. — Voir les lettres écrites de Paris, le 1°’ août 1620. Affaires Étrangères (vol. 773, p. 83).

Page 1