L'ENTREVUE DE BRISSAC
sans, l’'embrasse au saut de la litière. Il lui dit qu'il n'avait jamais eu tant d'impatience de la revoir. La reine pleure. On put croire que, pour cette fois, la paix était faite sincèrement entre la Mère et le Fils (1).
Quant à Richelieu, il assistait avec un sourire à ce qui était, cette fois encore, son œuvre. Luynes, était venu vers lui et avait rendu les armes, en lui annonçant que le Roi mettait, en postseriptum au traité, la promesse ferme du chapeau; en effet, dès le lendemain, le Roi dépêchait à Rome un courrier « qui portoit ordre à l'ambassadeur de déclarer au Pape que Sa Majesté nommait M. de Lucon au cardinalat, et d'en poursuivre le plus promptement possible la solution (2) ».
Ce n’est pas tout. Luynes était si convaincu qu'il fallait, à tout prix, désarmer l'opposition de son rival, qu’il lui offrait d’unir leurs deux familles par le mariage de son neveu, M. de Combalet, avec la nièce de Richelieu, M°° chelieu qui, avant d'accepter, se faisait prier, et ne consentait que sur les instances pressantes de la reine mère.
Luynes eut alors avec l’évèque une conversation qu'il eût voulue décisive et où, selon l’erreur de ceux qui parlent bien et qui sont habitués à plaire, il crut avoir triomphé. Richelieu fut prdigue de promesses; mais il fit observer que, « pour que l’intelligence proposée füt de durée, 1l importoit que chaque partie fût en sa place naturelle et qu'il convenoit que ceux qui doivent tenir le rang principal dans l'État l’occupent ». Cela signifiait que, si la Reine revenait près du Roi, elle devait reprendre son ancienne influence. Voilà justement la seule chose à laquelle
de Vignerod de Pont-Courlay. C’est Ri-
Luynes ne pouvait consentir; car c'eût été mettre son rival à sa place et se supprimer lui-mème de ses propres mains. Il fallait que Richelieu fût bien sûr de soi pour tenir un pareil langage.
Il n'avait d’ailleurs qu'à se louer de tout ce qui venait de se passer. On eût dit que, de toutes parts, les événements avaient tra-
(1) Voir les Mémoires de Ricueutœu (t. I, p. 234 et suiv.), reproduisant une relation de Marillac. Affaires étrangères (vol. 773, f°° 88, 96). (2) AuBery, Histoire (t. T, p. 37). — Correspondance (t.T, p. 655, et surtout t, VIII, p. 20). 11 y à une erreur dans la première date. RICHELIEU, — T. N. 23