‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 302 sur 479 · RÉFLEXIONS DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS DE RICHELIEU

vaillé pour lui. Sa situation s’améliorait de jour en jour. Le parti des pacificateurs, les moines, les prêtres, les gens de robe tournaient les veux vers lui, comme vers leur plus chère espérance. Pour tous, à commencer par Luynes, Condé triomphant était l'ennemi. L’évêque avait recu cette promesse du cardinalat pour laquelle il avait remué le pays : c'était la perspective désormais assurée d’une situation qui le mettrait à l’abri d'un revers de la fortune. Du côté de la reine mère, il avait tout écarté, tout remplacé : Ruccellai, Chanteloube, les grands, d'Épernon, Soissons, Vendôme et les protestants.

De son passage dans le camp des rebelles, 1l lui restait, en outre, une expérience qu'il précise lui-même, avec sa netteté ordinaire : « Je reconnus, en cette occasion, que tout parti composé de plusieurs corps qui n’ont aucune liaison que celle que leur donne la légèreté de leurs esprits, qui, en leur faisant toujours improuver le gouvernement présent, leur fait désirer du changement sans savoir pourquoi, n’a pas grande subsistance; que ce quine se maintient que par une autorité précaire n’est pas de grande durée : que ceux qui combattent contre une puissance légitime sont à demi défauts par leur imagination; que leur imagination, qui leur représente les bourreaux en même temps qu'ils affrontent les ennemis, rend la partie fort inégale, y ayant peu de courages assez serrés pour passer par-dessus ces considérations avec autant de résolution que s'ils ne les connoissoient pas (1). »

Bourreaux : voilà le mot terrible prononcé! Et Richelieu l'écrit à propos de ses amis, les partisans de la reine mère, ses complices dans une aventure dont, seul, il aura tiré profit et qui, pour toujours, lui aura servi de leçon.

(1) Mémoires de RicagLieu (t. I, p. 226).

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