‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 304 sur 479 · LUYNES ET LA POLITIQUE ÉTRANGERE · texte numérisé non relu

LUYNES ET LA POLITIQUE ÉTRANGERE

amis, les zélés, les violents et surtout les tortueux, cherchant parmi

les aventures quelque chemin obscur pour leurs ambitions. Condé.

l’appuyait trop; les catholiques l’entraïnaient; et puis 11 s'était mesuré avec ce dangereux évêque que la voix publique lui donnait pour rival et pour successeur. Deux fois, il avait cru l’abattre: deux fois, à Angoulême et à Brissac, il avait dü recourir à lui.

Et voilà que Richelieu sortait encore à son honneur de cette affaire des Ponts-de-Cé! Les habiles avaient les yeux fixés sur un homme qui savait tirer un tel profit de ses défaites. Parmi ses agitations politiques, le pays s'est toujours intéressé à ces vaincus redoutables qui, selon l'expression de Bossuet, « semblent se soutenir seuls et menacent les favoris victorieux de leurs tristes et intrépides regards ».

Mais, surtout, le trouble où était Luynes venait de la situation exceptionnelle où le progrès fatal de ses ambitions l'avait porté. Il était le maitre absolu ; tout dépendait de lui. Il n’était pas seulement le favori, mais bien le ministre. On ne pouvait plus agir que par lui. La Cour et le royaume ne demandaient qu’à lire dans ses veux sa volonté : mais sa volonté se cherchait elle-mème. Il avait le vertige de sa propre grandeur. L’habile fauconnier voyait le cercle des responsabilités s'élargir trop pour son envergure. Assez intelligent pour suivre les affaires, trop ombrageux pour ne pas les retenir toutes, 1l était trop indécis pour les trancher, prendre un parti et courir le risque.

Des deux confidents qui l'avaient soutenu d’abord, il avait dü congédier le plus habile, Déagent; l’autre, Modène, « le gros Modène », comme on l’appelait, étaitune fidélité, mais non une force. Le fameux Ruccellai s'était attaché à lui, en abandonnant décidément le parti de la reine mère. Mais il avait le mauvais œil, il attirait les inimitiés, et il était suspect. Quant aux ministres, selon le mot de Fontenay-Mareuil, « ils Jui servaient plutôt de couverture que de guide ». Il était donc seul et obligé de tout tirer de luimême. Sa gravité, son charme discret, sa séduction attentive pouvaient faire illusion au Roi et à la Cour. Il ne se trompait pas lui-mème, et 1l hésitait; car sa prudence était supérieure à sa capacité.

LES AFFATRES D'ALLEMAGNE. 399

Pourtant, le moment était arrivé de s’arracher à ces éternelles temporisations. Au dedans et au dehors, les difficultés s’amoncelaient; une agitation sourde parcourait l'Europe, comme de ces coups de vent rapides qui se lèvent à l'approche des orages.

Les affaires intérieures sont toujours liées aux affaires extérieures : rarement elles le furent autant qu’à cette époque. La France, comme l'Europe, était divisée en deux camps, et ces deux camps ne pouvaient plus prolonger la trêve que la lassitude seule, à la fin du siècle précédent, avait souscrite. Les cœurs reposés, étaient de nouveau gonflés de haine, les esprits et les courages prêts à la lutte : tant le monde supporte mal le repos! (1)

Revenons un peu en arrière. Au commencement de l’année 1617, le jeune prince palatin du Rhin, Frédéric V, gendre du roi d'Angleterre Jacques 1°’, et l’un des chefs du calvinisme en Allemagne, voulant être renseigné exactement sur la situation de l’Empire, avait envoyé deux ambassadeurs, l’un en Bohême et l’autre en Autriche. Au retour, l’un de ces ambassadeurs, Christophe de Dohna, avait déclaré « que la monarchie autrichienne était en pleine décomposition et qu'après la mort de l’empereur Mathias, elle serait démembrée (2) ».

L’Autriche traversait, en effet, une crise et où son existence était en jeu.

Les peuples qui composent l’Empire sont de races différentes; ils parlent des idiomes divers; ils sont attachés à des religions rivales. Aucun centre important ne se subordonne les provinces. Ni la mer, ni les montagnes, ni les vallées n’imposent à ces peuples une étroite union géographique, économique

(1) « On constate dans les masses, peu avant la guerre de Trente Ans, un sentiment de malaise et d’appréhension. Les feuilles périodiques, les discours, assombris par des considérants inquiets, expriment une même humeur chagrine, interprètent les choses dans le sens de prévisions néfastes, grossissent les événements; chacun tire de la siluation présente un horoscope mauvais; il en est qui croient à la fin prochaine du monde,» FreyrAc, Le peuple Allemand à l'époque de la Guerre de Trente Ans, trad. A. MERCIER, Plon, in-8°, 1901 (p. 25).

(2) CHARYVÉRIAT, Histoire de la Guerre de Trente Ans, Paris, Plon, 18, in-8° M0 D:109.)

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