LES DEUX PARTIS EUROPÉENS
ou politique; le lien qui les attache menace toujours de se rompre.
En 1617, l'unité de l’Empire ne paraissait plus dépendre que de la vie de l’empereur Mathias. Celui-ci avait arraché successivement à son frère Rodolphe les couronnes de Bohème, de Hongrie, d'Autriche, et enfin lui avait succédé à la couronne impériale (13 juim 1612). Mais le cadet s'était montré presque aussi incapable que l’ainé. Il avait déjà dépassé soixante ans; il était de santé débile; il n'avait pas d’enfants. Sa mort, que l’on sentait prochaine, allait tout mettre en question. Les lois de l’hérédité et celle de l'élection n'étaient ni assez claires ni assez autorisées pour qu'on füt assuré que les vastes possessions sur lesquelles régnait Mathias passeraient sans trouble aux mains de ses SUCCesseurs.
Ce grave problème politique se compliquait de la plus redoutable question religieuse. L'Allemagne subirait-elle l'influence du Nord protestant, ou bien resterait-elle attachée à la religion catholique qui dominait dans les provinces du Sud? Le procès était pendant, depuis Charles-Quint. La paix d’Augsbourg n'avait été qu’unarmistice. Le débat relatif aux biens ecclésiastiques n’était pas réglé : les laisser aux détenteurs protestants, c'était dépouiller des propriétaires qui se proclamaient légitimes; les réclamer, c'était déchainer la guerre. En fait, des rancunes et des luttes sans nombre entretenaient, de part et d'autre, dans le détail de la vie journalière et locale, des sentiments hostiles. L'Allemagne souffrait d'un désaccord universel. Les doctrines, les intérêts généraux et les intérêts particuliers, tout se heurtait, et, pour comble, leur discorde provoquait, au dedans et au dehors, un effroyable choc de passions rivales. Les catholiques appelaient à l’aide la papauté et l'Espagne; les protestants, l’Angleterre et les puissances du Nord.
Face à face, sur un large front de bandière qui prenait en écharpe toute l'Europe, les deux camps se mesuraient du regard. Is surveillaient l'agonie de l’empereur Mathias avec la perspective et l’appréhension, dès qu'il serait mort, d’une effroyable mêlée. Lui, goutteux, et tellement affaibli qu'il fallait le