‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 320 sur 479 · FERDINAND IMPLORE LOUIS XII · texte numérisé non relu

FERDINAND IMPLORE LOUIS XII

tobre 1619, le comte Wratislas de Furstenberg fut désigné pour se rendre à Paris avec mission de solliciter auprès de Louis XIII non seulement la neutralité, mais l'intervention effective de la France en sa faveur. L’ambassadeur avait été recu en audience solennelle par Louis XIIL, le 5 décembre (1).

Ainsi, le nouvel Empereur, le chef de la lignée impériale d'Autriche, en était réduit à implorer le fils de ce roi Henri IV qui avait fait trembler sa maison et qui avait prétendu la ruiner. Au milieu de l’Europe attentive, et dans le silence qui précède les grandes crises, tous les yeux étaient tournés vers Paris. Le conflit religieux qui divisait les puissances était traduit au tribunal de la France. Après de longues guerres inutiles, elle ne s'était pas prononcée entre les deux causes et s'était ralliée, la première, au principe de la tolérance. Sa neutralité faisait sa force. Le sort de l'Europe était entre ses mains (2).

On pense bien que, de leur côté, les adversaires de l’Empire, les protestants de Hollande et d'Allemagne, et surtout le Palatin, élu récemment roi de Bohème, n'étaient pas restés inactifs. Le Palatin avait hésité longtemps avant d'accepter cette couronne de Bohème qui lui était offerte dans des circonstances si précaires. L’ambition le poussait : mais, si mince que fût son jugement, il ne pouvait se dissimuler les risques de l'aventure. Il consultait tout le monde. Son conseil même était partagé : cette résolution, qui devait ébranler le monde civilisé, se débattait entre quelques perruques et quelques jupes, au château d’Heidelberg. La mère du Palatin, cette touchante Loyse Juliane, le dissuadait : « ses larmes y effaroient ses pensées, et ses soupirs ses appréhensions ». Mais sa femme, Élisabeth d'Angleterre, l'excitait, disant « qu’elle aimait mieux manger de la choucroute avec un roi que du rôti avec un prince (3) ».

(1) Mercure françois (t. VI).

(2) Mémoires de FoNTENAY-MAREUIL (p. 142). — Cfr. LEvASsoR (t. II, p. 116). — V. la lettre de lPambassadeur vénitien du 24 décembre 1619. — Voir aussi la discussion de Vicror Cousin, Journal des Savants, juin 1861 (p. 361).

(3) Mémoires de LOYSE JULIANE.

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