LE PARTI « CATHOLIQUE » EN FRANCE
11 était donc dans la logique de son rôle quand il imprimait à la politique extérieure une impulsion analogue et qu'il l'inclinait vers le parti catholique, autrichien et espagnol en Europe.
Aussi, quand les deux thèses rivales furent soumises à la délibération du Conseil, chacun savait-1il d'avance, quelle était l’opinion du favori. On se régla sur elle. D'ailleurs la thèse catholique ne comptait, auprès du Roi, que des partisans convaincus. Personnellement, le Roi était porté vers elle : assurément, 1l n’aimait pas « l'Espagnol »; les impressions qu’il avait recueillies du vivant de son père n'étaient pas entièrement effacées de son esprit; mais, jeune, ignorant et timide comme il était, 1l n'avait guère d’autres ressources intellectuelles et morales que celles de la religion et il était sans défense contre l’action journalière qu’exerçait sur lui un entourage tout ecclésiastique : son confesseur, le Jésuite Arnoux, les cardinaux de La Rochefoucauld et de Retz, membres influents du Conseil, le Père Bérulle, le Père Joseph, et bien d’autres qui, sous des prétextes divers, avaient continuellement accès auprès de Jui (1). |
La reine Anne d'Autriche était tout naturellement favorable à la couronne d'Espagne; sa nouvelle patrie lui donnait trop peu de satisfaction pour qu'elle n’eût pas les yeux sans cesse tournés vers son passé et vers la cour dont l'ambassadeur, duc de Monteleone, était, auprès d'elle, l’assidu représentant.
Le prince de Condé était absolument acquis à la cause catholique et son premier acte, en sortant de prison (2 janvier 1620), avait été d'écrire au Pape une lettre solennelle pour l’assurer de son filial dévouement. Parmi les ministres, Sillery était, depuis son ambassade à Rome (et cela remontait au règne d'Henri IV), l’homme de la Papauté; son fils, Puisieux, secrétaire d’État chargé des Affaires étrangères, et qui eût dû éclairer ses collègues, était un de ces hommes médiocres dont l’habileté consiste à écouter le vent : « Vis-à-vis de ceux avec qui il négocie, il le fait avec tant
(1) Mémoires de RicueLieu (t. I, p. 182). — Cfr. ce passage de la Chronique des Favoris : « La cour de Rome usait de son influence, notamment auprès de ces deux cardinaux ; elle leur écrivait au sujet des affaires d’Allemagne. » — V, aussi BENTI- VOGLIO, Nunz., déc. 1619 {t. IV, p. 18).