LES MINISTRES. — DU VAIR
d'incertitude et d’irrésolution que, quelle que soit l'issue d'une affaire, il veut faire paraitre qu'il a tout prévu; car 1l est jaloux de conserver au moins l'apparence de son autorité (1). » Le garde des sceaux, du Vair, était un ennemi déclaré des huguenots. C'était un sectaire avec une éloquence pompeuse et une très belle barbe. Arrivé à la fin d’une longue vie laïque, il avait la bizarre ambition de se faire nommer évêque et même cardinal, et il multipliait les preuves de son dévouement à l'Église pour obtenir, de Rome, les dispenses nécessaires (2).
Restait le plus sage et le plus expérimenté des ministres, le président Jeannin. Seul, l’illustre négociateur de la trève des Provinces-Unies eùt pu, avec l'autorité attachée à ses services, tenir les esprits en suspens. Mais il était bien vieux, bien timoré; il avait bien des intérêts à ménager pour assurer la fortune de ses enfants; il était à bout de force et de vie. Ce n'était plus qu'un fantôme. On le consulta, mais pour l’engager. On sut couvrir de son nom la décision qui fut prise. On Le chargea, en effet, de rédiger l'avis du Conseil qui trancha le différend solennel soumis au roi Louis XIII et qui détermina la politique de la France (3).
La fortune voulut que la France, à cette heure décisive, füt conduite par un adolescent ignorant, un favori inquiet et des ministres timorés. Le choix qu'ils firent sauva la Maison d’Autriche.
Le président Jeannin était trop avisé pour ignorer et trop loyal
(1) Sur le rôle de Puisieux, voir la correspondance du nonce Corsini, dans ZELLER, Luynes (p. 4).
(2) Les historiens contemporains sont d'accord pour attribuer une grande importance à l'attitude prise dans la question religieuse par le garde des sceaux, du Vair. Or celui-ci avait envie d'être cardinal. Pour ceux qui aiment à découvrir le fond des choses, il n'est pas sans intérêt de relever la curieuse démarche qu'il fit faire auprès du nonce Bentivoglio, le 17 janvier 1620, au moment même où la question d'Allemagne était en délibération au conseil. Lettres de BEenTivoGz10 (t. IV, p. 78). |
(3) BENTIVOGLIO (t. I, p. 448). — Sur l’état d'esprit des « vieux ministres », voir un judicieux passage de Fontenay-Mareuil (p. 129). — Cfr. Levassor (t. II, p. 180). — Sur le rôle particulier de la coterie « catholique », voir FAcNniez, Le Père Joseph et Richelieu (t. I, p. 160-172). Le duc de Nevers fit, à cette époque, un voyage en Allemagne et en Pologne et on le considérait comme le défenseur attitré de la cause impériale à la Cour de France. Voir, surtout, un très curieux passage de la correspondance du nonce BrNTivoGLi10 (t. IV, p. 19) sur uneintrigue particulière conduite par le Père Joseph dans le même sens.