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LE MÉMOIRE DU PRÉSIDENT JEANNIN

pour dissimuler la portée de la question soumise au Conseil. Son mémoire constate d’abord « que la Maison d'Autriche est montée à un si haut degré d'autorité et de pouvoir qu'elle en est devenue formidable, odieuse et suspecte à tous les autres souverains de la chrétienté »; 1l reconnait le danger que font courir aux autres puissances, et notamment à la France, lesambitions et les appétits territoriaux de la couronne d'Espagne. Mais, aussitôt, il tourne court et il affirme que la France ne peut pas l’abandonner dans les circonstances critiques qu'elle traverse. Il s'appuie sur une seule considération, celle de la religion : « Sa Majesté est obligée de secourir la Maison d'Autriche contre un si grand nombre d’ennemis fort puissans qui ne peuvent être les maïtres par une victoire absolue, sans que la religion dont Elle fait profession ne soit en très grand danger. » ILserait à craindre, en effet, que la victoire des protestants en Allemagne n'encourageât les huguenots de France : « et peut-être que Sa Majesté ne seroit, elle-même, exempte de ce danger en ses États ». C’est bien la solidarité monarchique et religieuse. Le vieux ministre avait oublié le temps où Henri IV soutenait, contre l'Espagne, les républicains de Hollande !

Il insiste beaucoup sur l'idée que la Maison d'Autriche est maintenant trop abattue pour remporter un succès complet et qu’en tout cas, elle restera toujours très affaiblie. Le mémoire contient une erreur d'appréciation sur la force respective du Palatin et de la Maison d'Autriche : « La puissance du nouvel élu roi de Bohême doit être plus suspecte que celle de la Maison d’Autriche, à cause des grands appuis qu'il a, tant en Allemagne qu'au dehors, tandis que la maison d'Autriche vieillit, ayant déjà passé le temps de son accroissement et étant sur le déclin : au contraire, la grandeur du Palatin est en son orient et n’a pas encore atteint sa vigueur : par ainsi, est plus à craindre. »

Le président Jeannin ne manque pas d’invoquer le fameux argument, traditionnel alors, qui groupait l'Europe chrétienne en une solidarité du moins nominale contre les Turcs, et ainsi, il se conciliait le duc de Nevers, le Père Joseph et les confidents intimes quiremuaient, une fois encore, l'illusoire dessein d’une nou-

velle croisade. « C'est donc avec une grande raison que le Roï doit RICHELIEU. — T, Il. 25

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