‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 348 sur 479 · POLITIQUE TRADITIONNELLE · texte numérisé non relu

POLITIQUE TRADITIONNELLE

France entre les deux partis? Elle peut arracher le sceptre à la Maison d’Espagne ; mais c'est le donner à l'Angleterre. Elle peut consolider, dans le monde, la tradition romaine et latine; mais c’est sa vieille rivale catholique, la Maison d'Espagne, qui recueillera le bénéfice.

Se glisser entre les deux causes et les deux forces rivales, les laisser s’user l’une par l’autre, s'établir sur leur ruine, introduire dans le monde le règne de la modération et de la tolérance, et dans la politique internationale, au lieu des violences sectaires, la loi d’un équilibre bienveillant : cela, elle le peut. L'heure est favorable : la France peut avoir sa politique à elle, choisir sa destinée, devenir l’ouvrière de sa propre grandeur. C’est un de ces moments où sa carrière se décide. Parmi les peuples rivaux et parmi les principes contradictoires et excessifs elle deviendrait l'arbitre de l'humanité, la conseillère et l’inspiratrice de la sagesse, elle se manifesterait France.

Ces vues sont trop longues pour le regard d’un Luynes. Il hésite. Il consulte. Son attention est fixée sur les affaires du dedans. Le sort de l’Europe se ramène pour lui à sa situation entre les partis et à sa faveur auprès du Roï. Il écoute tout le monde. Surtout, 1l regarde dans les yeux de ce jeune homme morose qui est le Roï; il essaye de deviner cette pensée absente, cherche à démèler un caprice là où il eût dû imprimer une direction.

Nous avons le récit d’un de ses confidents. Nous voyons à nu son âme : « Tous les anciens conseillers lui disoient que la guerre contre les protestans étoit non seulement sa ruine assurée, mais celle de l'État, alléguant l'expérience des autres guerres civiles sous les trois derniers rois... Pour son particulier, ses créatures lui disoient que, dans la guerre, il n’auroit plus ni autorité, ni argent... et qu'il perdroit assurément la faveur du Roï... Il demeuroit tout interdit et ne savoit à quoi se résoudre. enfin, il se découvrit à un gentilhomme de ses amis; il lui dit que Sa Majesté vouloit absolument aller à l’armée (1)... »

Cette raison parut décisive! Luynes craignait que le jeune roi,

(1) Mémoires de CHABANS.

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