LUYNES PREND PARTI
aveuglé par la facile victoire des Ponts-de-Cé, ne lui échappât, s'il s'opposait à la guerre, et que les partisans de la guerre contre les huguenots, les catholiques, le prince de Condé, ne le ruinassent dans la faveur royale, s'il hésitait à suivre les impressions qu'ils avaient su faire naître dans l'esprit de Louis XII.
Il pourrait, il est vrai, faire luire aux yeux du jeune roi l'honneur d’une intervention contre l'étranger, la hardiesse d’une campagne brusque contre l’envahisseur de la Valteline, la gloire de devenir effectivement l'arbitre de l’Europe et de réparer d’un seul coup l’échec d’Ulm et l'affront de la Valteline. Tous, les hommes qui, autour de lui, ont gardé la tradition de la politique française, le supplient, lui montrent la route et lui crient le devoir.
Mais il n’a ni le cœur assez haut, ni l'esprit assez large pour assumer de telles décisions. Il n’est pas un homme de guerre, il n’est pas un homme d'État; il reste ce qu'il est, un favori, un fauconnier. La pression du parti catholique, l’assiduité du Nonce, l’habile et tortueuse politique de l'Espagne, la crainte du risque, et, il faut bien le dire, la funeste et inexplicable témérité du parti protestant, tout le pousse dans le sens où 1l s’est engagé déjà.
Il se détourne donc de l'affaire de la Valteline; il biaise là, comme il a biaisé dans l'affaire d'Allemagne.
Pour les gouvernements à court de résolution, l'envoi d’une ambassade est un moyen de gagner du temps. On a déjà une ambassade en Allemagne : quel est son saccès? Nous le savons! Une autre partira pour l'Angleterre et une autre pour l'Espagne.
S'il s'agit de négocier, l'Espagne est sur son terrain. En attendant, elle détient le gage, elle garde la Valteline; le temps va désormais travailler pour elle; elle peut voir venir les événements : car Luynes, faisant largesse à sa propre erreur, immobilise pour longtemps les forces royales dans une grave difficulté intérieure, celle du Béarn.
Au moment même où une intervention énergique en Europe assurerait la prépondérance de la France, le déplorable favori
rouvre la période des discordes civiles et, bientôt, l’ère des guerres de religion.