LA DOCTRINE PROTESTANTE
l'électeur de Saxe avait dit aussi, parlant à Staupitz, « qu'il ne connaissait de règles de foi que les propres paroles de l'Écriture ». La noblesse pensait de même : Ulrich de Hutten répandait la raillerie des Lettres des hommes obscurs, qui excitait les nobles et les bourgeois contre les prêtres. Les lettrés pensaient de même : Reuchlin, Érasme, Mutian aiguisaient sur la tiare leurs ongles cicéroniens. Le peuple en avait assez, et s'était soulevé et criait : Bundschau, Bundschau ! Hans Sachs, le cordonnier, chantait « le rossignol » de Wittenberg.…
Voilà le protestantisme. Les peuples qui avaient été les plus dévoués à Rome se dressèrent les plus furieux contre elle. Luther, entrainé par le mouvement qu’il a déchaïné, le définit, simplement et fortement, en une triple formule : « chacun de nous est prétre par le baptème (c’est-à-dire plus de prêtres): l'Évangile
suffit (c'est-à-dire plus de tradition et, par conséquent, plus de papauté) ; la gréce est nécessaire pour le salut, c’est Dieu qui nous
justifie (c’est-à-dire pas d’autre lien entre l’homme et Dieu que la foi) ».
Ne songeant pas à nier Dieu, ce nouveau Mahomet l’enferme dans le farouche isolement du déterminisme. Le Verbe est dépouillé de son humanité : il est rejeté dans l’Infini. À
La vie du moine révolté s'achève sur le terrible serment : « Je ne puis plus prier sans maudire; sije dis : Que ton nom soit sanctifié, il faut que j’y ajoute : Maudit soit le nom des Papistes et de tous ceux qui blasphèment. Si je dis : Que ton royaume arrive, je dois ajouter : Maudits soient la Papauté et tous les royaumes qui sont opposés au tien; si je dis : Que ta volonté soit faite, je dis encore : Maudits soient et périssent les desseins du papiste et de tous ceux qui te combattent! » Il prolonge la malédiction jusqu’au delà de sa mort, par le vers qui résume toute son action :
Pestis eram vivens, moriens ero mors tua, Papa! « Vivant je suis la peste, mort, je serai la mort pour toi, Pape! »
C'est le No popery. La moitié de la chrétienté vit sur cette formule, depuis trois siècles.