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LE PROTESTANTISME ET LA FRANCE

La France a été un grand sujet d'étonnement pour le protestantisme. Celui-ci n’a jamais compris pourquoi elle lui échappait si complètement.

La France, en effet, est d'esprit libre et hardi; les nouveautés ne lui font pas peur; elle n’a jamais été ultramontaine; de tous temps, elle s’est méfiée du gouvernement des prêtres. On eût donc pu la croire acquise, d'avance, aux idées de la Réforme. Un francais, Calvin, a été le second père du protestantisme. Des français, comme Théodore de Bèze ou l'amiral de Coligny, comptent parmi les plus beaux esprits ou les plus illustres héros de la Cause. Et malgré tout, la France n’a pas suivi le mouvement.

À quoi tient l'échec du protestantisme en France? Probablement à ceci qu’au temps des réactions locales contre la Papauté, il n’a pas rencontré l'heure de devenir, chez nous, religion nationale. En Angleterre, en Allemagne, il a revêtu ce caractère. Mais la France, avant Luther, avait cru rencontrer sa solution particulière du problème religieux dans ses relations avec la politique : le gallicanisme la dispensa du protestantisme (1).

Il est vrai qu'au sein du catholicisme, le gallicanisme ne pouvait être qu'un expédient : il périt. Mais l'heure du protestantisme était déjà passée. Ce qu'il traine avec lui de scolastique médiévale est une entrave pour l'esprit moderne. Dès le temps de Montaigne, la liberté d'examen conduit, en France, à la libre pensée.

D'ailleurs, ce peuple aime les situations nettes et les solutions claires. L'âme française répugne à l'indécision : or, la solu- tion protestante, cette demi-mesure ou cette demi-révolution qui ébranle tout, sans courir le risque suprème, ne lui parait pas franche.

Enfin, précisément parce que le protestantisme est devenu la religion nationale pour d’autres peuples, il a, pour nous, une teinte étrangère prononcée. Aussi la doctrine protestante, au lieu de s'étendre à toute la nation francaise, resta l'apanage de quelques âmes fières, originales ou indisciplinées.

Les chefs du protestantisme n’en ont pas pris aisément leur

(1) Pour plus de développements, voir mon Essai sur le Gallicanisme, en tête du Recueil des Instructions données aux Ambassadeurs de France à Rome, tome [°-

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