LE PARTI PROTESTANT EN FRANCE
parti. Ils comprenaient quelle aïde la conquête de l'âme française prêterait à leur propagande. Le monde eût basculé sur une telle adhésion. Ils ne se résignèrent que lentement et, tant qu'il resta une ombre d'espoir, un levain de révolte ou un atome de force, ils luttèrent.
Au moment où se produisait le mouvement offensif qui marque les années 1620 et 1621, la France devait donc les préoccuper beaucoup. D'ailleurs, l'action du protestantisme français était un précieux appoint, alors que l'assaut était livré, dans toute l’Europe, par la grande armée protestante à la grande armée catholique. Bouillon et les princes de Nassau étaient écoutés à la Rochelle aussi bien qu'à Heidelberg. L’affaiblissement du pouvoir en France, la jeunesse du loi, la médiocrité et la versatilité du favori, tout pouvait faire croire que la situation et les événements du xvr siècle se reproduiraient avec plus de chance de succès. Donc, le branle-bas général qui soulevait tous les partisans de la « Cause » en Europe devait émouvoir aussi la France.
Entre le roi de France et ses sujets protestants, l'Édit de Nantes n'avait été qu'une trêve politique et un armistice militaire. Le parti était toujours, au milieu du royaume, campé et en armes. Le Roi avait dû lui laisser la jouissance de cent cinquante places de sûreté et lui assurer lui-même les ressources nécessaires à leur entretien.
Durant les troubles de la régence de Louis XIIE, on avait vu que l’existence du parti protestant était une menace perpétuelle pour l'unité nationale. Il s'était allié trop souvent aux ennemis de la couronne. La royauté devait sans cesse avoir l’œil sur lui, né-
gocier avec lui, ou lutter contre lui. Tant qu'il subsistait comme
organisation politique, l'unité du royaume restait en suspens; tant qu'il subsistait comme organisation militaire, aucune entreprise de longue haleine au dehors n’était possible.
Tout le monde le savait : le Roi le savait, et ses Conseils ne cessaient de lui signaler l’entrave qu'était, pour lui, le danger toujours imminent d’une rébellion protestante. Sillery disait à l'ambassadeur de Venise qui suppliait le Roi d'intervenir dans les affaires de la Valteline : « Le mal est dans notre sang, dans nos