LE PARTI PROTESTANT EN FRANCE
entrailles... Le Roi dissimule autant qu'il le peut;... si Sa Majesté se met en marche pour aller hors de son royaume, il est certain que le roi d'Espagne fomentera davantage leur rébellion et qu'il leur donnera de l'argent pour mettre le feu à la maison (1). »
Les ennemis de la France le savaient mieux encore. Sous prétexte de religion, l'Angleterre se mêlait insolemment de nos affaires intérieures. Le roi Jacques, en sa qualité de successeur d'Élisabeth, était en relation constante avec les chefs du parti huguenot; il payait pension aux ministres et, si zélé royaliste qu'il fût, ce roi ne se faisait pas scrupule d'entretenir chez son voisin le levain de la démagogie protestante. Celle-ci, en retour, était aux pieds de ce roi étranger. A cette époque, l’idée religieuse obscurcissait l’idée de patrie : « Ces Calvinistes exaltés appartenaient à une race, comme dit un de leurs historiens, qui mettait la cause de la religion au-dessus de tout autre intérêt, et ils professaient les principes qui, depuis le milieu du xvi° siècle, poussaient les adhérents de la mème religion à se porter mutuellement secours sans égard aux frontières qui séparent les États et les nationalités (2). ») |
L'Angleterre le savait; mais une puissance autrement redoutable pour la France le savait également : c'était l'Espagne. Un autre écrivain protestant, historien très averti, très perspicace et même très passionné, Levassor, dévoile l'habileté avec laquelle la Cour d’Espagne se servait de ce moyen pour affaiblir sa dange-
(1) Cité par Zeurer, Le connétable de Luynes (p. 39). — Cfr. le passage du Perroniana : « Il y a une chose qui nous empêchera toujours de rien faire au dehors de la France, qui est la crainte que nous avons, qu’au dedans, il se fasse aucun remuement pour la religion » (p. 151).
(2) Sur les relations du parti protestant avec l'Angleterre, voir ScayBEerGsoN, Le duc de Rohan el la chute du parti protestant en France, Paris, 1880, in-8° (p. 42). — J'emprunte la citation du texte au même auteur commentant une lettre du duc de Rohan au roi d'Angleterre, (p. 55). — Dès 1621, l'assemblée de la Rochelle avait offert cette ville au roi d'Angleterre. ZELLER, Luynes (p. 25). — Voir encore les chapitres si expressifs de l'Histoire de Rullman, cités par Anquez. Récit 117° : « Quelle fin tragique ont fait la plupart des chefs du parti tant de l'une que de l’autre religion, qui ont introduit l'étranger en France. » Récit 135° : « Quelle a été la cabale du duc de Rohan pour fortifier son parti et faire éclater le dernier soulèvement; sa ligue avec l’Anglais... » etc. AN- QuEZz, Un nouveau chapitre de l’histoire des Réformes en France (p. 346).