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LE PROTESTANTISME EN BÉARN

Béarnais, s’enliza pourtant lui-mème dans l'affaire du Béarn. Il ne put que la proroger par une savante tactique de concessions marchandées et de solutions provisoires.

Sur le point de souveraineté, on reconnaissait que les terres « mouvantes de la couronne » devaient être incorporées au domaine par le fait seul de l'avènement de leur maître au trône de France. Mais en était-il de même des « principautés indépendantes »? Et la Navarre, le Béarn étaient-ils terres mouvantes » ou « principautés indépendantes »? On pouvait discuter, là-dessus, indéfiniment. En 1606, Henri IV avait réuni, par un édit spécial, le Foix, le Bigorre et plusieurs parties du Languedoc. Il avait eu, à ce moment, l'intention de faire de même pour le Béarn. Mais La Force, son lieutenant dans la province et l’un de ses plus fidèles compagnons d'armes, l’en avait dissuadé, en affirmant que ce serait provoquer une révolution dans le pays (1).

En ce qui concernait la difficulté religieuse, Henri IV était pris de plus court encore. Il avait obtenu du pape son absolu- -tion sous la condition expresse « qu’il restituerait l'exercice de la religion catholique dans le Béarn, qu'il y nommeraït, au plus tôt, des évêques catholiques et que, jusqu’à ce que leurs biens pussent être restitués aux églises, il donnerait et assignerait du sien, aux deux évèques, de quoi s’entretenir dignement ». Il faut reconnaitre que, du moment où le roi Henri, roi très chrétien et fils aîné de l’Église, assurait aux protestants, par l’Édit de Nantes, la liberté de conscience et même une situation politique privilégiée dans son royaume de France, il lui était absolument impossible de maintenir les mesures qui interdisaient l'exercice de la religion catholique dans son domaine de Béarn, où, d’ailleurs, la population catholique était, incontestablement, en majorité. Donc, sous l’instante pression de la cour de Rome et du clergé français, le roi avait, comme on disait, « rétabli la messe en Béarn », et il avait pourvu à l’entretien des deux évèques chargés du gouvernement des deux diocèses. Mais, devant la résistance opiniâtre de ses chers Béarnaiïs, il s’en était tenu là.

(1) Voir lettre de LA Force à sa femme du 30 nov. 1606 (t. I, p. 413 et suivantes).

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