RÉUNION DU BÉARN À LA FRANCE
Le 19, la situation politique du Béarn était définitivement réglée. Pour briser toute résistance éventuelle à main armée, « on supprime la milice des Persans, qui sont comme colonels de la milice dudit pays qui revient jusqu’au nombre de huit mille hommes armés pouvant être convoqués sans la permission du Roi ». C’est le dernier rempart de l'autonomie de la province qui s'écroule (2).
L'Assemblée des États fut reconstituée et les évêques et abbés y reprirent leur place ancienne et notamment la présidence des séances. La Navarre et le Béarn furent déclarés, par édits immédiatement vérifiés, unis et incorporés à la couronne de France. On créa, à Pau, un parlement ayant juridiction sur la nouvelle province. Les députés des États prêtèrent serment à genoux entre les mains du roi de France.
Messe, procession, cérémonies religieuses, fondation d’un couvent de capucins, installation d'un collège de Jésuites, la victoire fut complète et cimentée pour l'avenir. C'était deux siècles d'histoire effacés sur la terre de Jeanne d’Albret; c’était la maison de Bourbon désavouant elle-même, au berceau de Henri IV, l’erreur de ses ancêtres. Mais c'était aussi une nouvelle province fondue dans l'unité nationale; c'était une frontière, hier dangereusement ouverte, soumise désormais à la vigilance et à la discipline royale; c'était le Béarn, huguenot et séparatiste, absorbé par la conquêle française, tolérante et centralisatrice (2).
Le roi Louis XIII quittait Pau, et, faisant chemin en hâte, il rentrait à Paris, le 7 novembre, à l'improviste; il y était recu, comme bien on pense, par l’acclamation universelle. Ce fut un beau moment pour Luynes. Il trouvait à Paris sa jeune femme qu'il adorait saluant en lui, le maitre, le vainqueur, l’homme heureux. Quelques jours auparavant, elle avait mis au monde un fils, l'espoir de sa race. La fortune Le comblait.
Mais il était assez clairvoyant pour comprendre, lui, que ses
(1) Relalion inédite (ibid.).
(2) Voir « Arrêt pour la réunion de la couronne de Navarre et pays souverain du Béarn à la couronne de France » et les autres documents y relatifs, dans Affaires Étrangères, Fonds FRANCE. Mémoires el Documents (vol. 773, f 147 et suiv.).
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