LE TRAITÉ DE MADRID
Pour un homme qui avait dans sa poche la promesse de restitution, c'était une foi bien mince dans l'acte qu'il avait signé. IL est vrai qu'il ajoute immédiatement, avec un grand bon sens : « Cela m'oblige à vous donner l'avis de retarder pour quelques mois votre dessein de la querre huquenote, jusqu'à ce que les Grisons soient en possession, et puis, ayant gagné notre procès en la Valteline, nous en ferions, tout à loisir, payer les espèces aux huguenots rebelles de qui il faut châtier l’insolence. »
La « guerre huguenote », c'était toujours là l’enclouure. Et, en effet, à l’intérieur, les événements se précipitaient; mais Luynes prenait la voie contraire à celle que les hommes qui voyaient la France du dehors lui conseillaient. C'était le moment où nos ambassadeurs à Vienne, le duc d'Angoulême, Béthune et Châteauneuf le suppliaïient de faire volte-face et de s'arranger avec les protestants de France pour conserver toute sa liberté d'action en Alle- magne (1). Bassompierre, on le voit, tenait le même langage.
Or, Luynes, à ce moment, disait aux ambassadeurs vénitiens qui le harcelaient au sujet de la Valteline : « Laissez-moi un peu manœuvrer tout seul dans cette affaire, et, de grâce, n’en parlez à personne d'autre. Nous cachons en nous des choses d'importance » ; et, comme ses interlocuteurs le pressaient, 1l ajoute, à leur grande surprise : « Les choses que nous cachons en nous regardent moins l'Italie qu’elles ne concernent ce royaume; je vais vous le dire, mais je vous en prie, gardez cela pour vous : nous finirons par nous débarrasser des affaires domestiques et de contenir les huguenots: après cela, on se mettra vigoureusement aux affaires du dehors. » C'était justement le contre-pied de ce qu'attendaient les ambassadeurs.
Il est vrai que les protestants avaient fait, de leur côté, tout ce qu'il fallait pour lui forcer la main. Le Roi n'avait pas quitté le Béarn, qu'ils convoquaient une assemblée à La Rochelle pour pourvoir aux intérêts du parti. Une déclaration royale du 22 octobre interdit cette assemblée. On passa outre. C'était déjà
(1) On sentait tellement, à Paris, combien était fausse la situation à Vienne pour le roi de France que l’on donnait ordre au duc d'Angoulême et à son ambassade de quitter cette capitale en toute hâte. Mém. de Viceroy (t. VI).