RUPTURE AVEC LES PROTESTANTS
Cependant, parmi les protestants eux-mêmes, tout ce qui réfléchissait était effrayé des conséquences d’une nouvelle guerre. Le désaccord qui s'était produit à propos du Béarn se renouvelait, en s’aggravant. A l'exception de La Force, tous les grands seigneurs conseillaient à l’Assemblée de se dissoudre, pour obéir aux ordres du Roi. Quelques-uns d’entre eux s'étaient même réunis à Niort : ils voulaient se consulter et donner plus de poids, par une action commune, à leurs conseils modérés. Bouillon faisait savoir qu’il se séparerait du parti, si on poussait les choses à l’extrème; La Trémoille, Châtillon ne laissaient aucun doute sur leur intention d'abandonner leurs coreligionnaires, si la guerre éclatait. Lesdiguières écrivait, le 1° février, à l’assemblée de la Rochelle, une lettre qui était le bon sens même : « Quant aux occasions de vos assemblées, elles sont si petites qu'elles me paraissent fort peu... Je presse votre séparation, parce que, sans elle; je me vois avec déplaisir privé du moyen de vous aider et servir auprès du Roï. » Rohan écrivait encore, le 21 février : « Pour moi, je m’emploierai jusqu'au bout, pour apaiser les choses. » Duplessis-Mornay négociait désespérément (1).
Il semble bien que l’Assemblée elle-même serait entrée volontiers dans les voies pacifiques. Mais, à ce moment, elle délibérait sous la menace. L’émeute était à ses portes. La commune, ou, pour être plus exact, la populace de la Rochelle s'était emparée de la direction effective. Le 27 février, la foule avait envahi l’As-
(1) Voir la Vie de DupLessis-MorNAY (p. 567). — Voici quelques passages de la lettre du fer février 1621, par laquelle Lesdiguières conseille à l'assemblée de la Rochelle de se séparer : Il examine les griefs de ses coreligionnaires : « Quant aux occasions de vos assemblées, elles sont si petites qu'elles paroissent fort peu »... Vous réclamez Lectoure, on va vous le rendre. Quant aux places de süreté, « vous savez que les conseillers ont reçu le brevet des places délivré, qu'il ne reste donc que les états desdites places à nous bailler; ce n'étoit pas un fait si pressé qu’il fallût vous assembler pour en faire la demande; car nous les tenons et ne nous sont point contestées... Je scay bien que la clameur de ceux de Béarn a donné un puissant motif à votre assemblée.. 11 eût mieux valu s'adresser à M. de Châtillon et à moi et réclamer notre entremise auprès du Roi... Votre réunion précipitée et sans autorisation du Roi est une offense pour Sa Majesté... » etc. Affaires Étrangères, France, 773 (f° 264). — V. aussi l’intéressant ouvrage de M. Durayarp sur Le Connétable de Lesdigquières.