DÉCISIONS DE L’ASSEMBLÉE
tant que l’Assemblée, qui désobéit à ses ordres, ne se sera pas dissoute. Un conseil, tenu à Fontainebleau le 17 avril, opine pour la guerre. On lèvera une armée de 40 000 hommes de pied et de 6000 chevaux (1).
Cependant, le Roi hésiterait peut-être encore à prendre les armes, par crainte des complications extérieures. Mais c’est l'heure où le Conseil d'Espagne, avec une habileté consommée, fait la concession apparente du traité de Madrid (25 avril.)
Est-ce donc la main de la diplomatie espagnole, experte à ce double jeu, que l’on trouve dans les exigences croissantes des protestants de France? Quoi qu'il en soit, de leur côté, ils marchent vers l’abime avec un aveuglement effrovable. Le 12 avril, l'Assemblée de la Rochelle charge neuf de ses membres, choisis parmi les plus violents, de travailler à « l’ordre général », c’està-dire, selon le vocabulaire du temps, au plan de campagne. Et c'est cet « ordre général », voté le 10 mai, qui contient la fameuse division de la France en huit départements ou huit cercles, et qui organise le pays tout entier en une sorte de confédération politique et militaire, debout en face de la royauté.
L'Assemblée générale s'empare des fonctions de la souveraineté. Elle décide de la paix et de la guerre, donne des commissions pour lever des troupes, nomme le général en chef et les officiers, lève des auxiliaires étrangers, perçoit les deniers royaux, et administre, avec l’aide des conseils provinciaux, les provinces arrachées à l'autorité du Roï. C'est, pour le temps de guerre du moins, une proclamation d'indépendance politique.
L'Assemblée scellait ses résolutions d’un sceau à ses armes. Elle fondait, comme les catholiques le lui ont tant reproché : « la République des Prétendus Réformés », ou, plus exactement, selon la parole de Richelieu, elle créait un État dans l'État (2).
Ce fut comme un cri de de rage par toute la France, quand on apprit que l’unité du royaume était, une fois encore, compromise. Jusque dans le parti protestant, il y eut une heure de terrible angoisse. La portée d’un tel acte n'échappait à personne.
(1) Mercure françois.
(2) ANQUEZ (p. 340 et suiv.).
C'était la guerre civile, au moment où la France avait besoin de toutes ses forces pour agir au dehors.
Le sort en était jeté. Personne n'était plus maitre des événements. Le 1°’ maï, le Roi quitte Fontainebleau et se met en route pour aller, à Orléans, où il prend le commandement de son armée. Le 27 mai, par une proclamation datée de Niort et enregistrée le 27 juin à Paris, il déclare tous ceux de ses sujets qui se joindront à l’Assemblée de la Rochelle, criminels de lèsemajesté au premier chef, et il ordonne contre eux les mesures d'exécution accoutumées en tel cas; il enjoint à ses sujets de quelque qualité qu'ils fussent, « aux villes et communautés faisant profession de la Religion Réformée, de comparaitre en personne ou par délégués devant les juges royaux pour désavouer l’Assemblée de la Rochelle, ainsi que toutes autres, et jurer d'aider le Roi contre elles (1) ».
C'est la guerre, la plus affreuse de toutes, la plus inattendue, la plus absurde et, de part et d’autre, la moins préparée. Au moment où le sort de l’Europe dépend de la France, la France, en proie à une fureur obscure, se déchire de ses propres mains.
(1) Sur les mobiles de la conduite de Luynes, le Nonce et l'Ambassadeur de Venise, quoique attachés l’un et l’autre aux deux thèses contraires, reconnaissent que le con-
nétable se laissait guider par les intérêts de sa faveur et de sa situation particulière. Dans ZELLER (p. 8 et 27).
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