L’AFFAIRE DU CHAPEAU
le mandat officiel de hâter à Rome, la promotion qui devait attribuer à la France deux chapeaux, l’un pour l'archevêque de Toulouse et l’autre pour l’évèque de Luçon (1).
Luynes était aux petits soins pour dissiper la méfiance. Sa correspondance ne tarit pas : « Vous devez être assuré, par les dernières paroles que je vous ai tenues, et que mes promesses vous devront être comme titres très assurés. Je ne vous les ferai plus longues, puisque les paroles ne sont rien en ce siècle, je me résumerai aux effets (2). »
L'évêque de Luçon, pour ne pas gêner, laissait aller les choses et ne faisait aucun mouvement; car la promotion au Cardinalat eût été, pour lui, un succès tel qu’il retenait son souffle, crainte de déranger l’œuvre à laquelle son rival s'employait avec un zèle si démonstratif.
Il avait conseillé à la reine mère d'accompagner le Roi jusqu'à Poitiers, autant pour donner, de son côté, une preuve de zèle et de confiance que pour surveiller de plus près l'exécution des promesses du favori. Ainsi, il avait été au courant des délibérations où l’on avait résolu le voyage de Béarn. Il le désapprouvait, au fond. Mais 1l se taisait. La reine mère, toujours mécontente, avait fini par quitter la cour et par s'en retourner à Paris.
Le nonce du Pape était accouru, de Paris à Poitiers, pour agir de son côté (3). Or, Luynes et Puisieux, sur le point de partir avec le Roi pour le Midi, avaient profité de la présence du nonce, pour avoir avec lui, en secret, au sujet de l’évèque de Lucon, une bien curieuse conversation : « Le Roi à désigné Lucon pour le chapeau de cardinal, avaient-ils dit; la reine mère est tellement engouée de cette idée, qu'on n’a pu lui opposer un refus. Mais, de vous à nous, il faut qu'il soit bien entendu que cette proposition n’est que pour la forme. Notre ambassadeur lui-même ignore et ignorera notre véritable pensée. Nous le laissons faire les démarches auprès du Saint-Siège. Mais vous,
(1) Auger, Histoire (t. I, p. 265), et Correspondance (t. VIIT, p. 20). (2) Affaires Étrangères, vol. 773 (f°* 117-121). (3) BeNTIvVOGLIO, Nunzialura(t. IV, p. 423).