‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 387 sur 479 · LD DOUBLE JEU DU NONCE · texte numérisé non relu

LD DOUBLE JEU DU NONCE

vous savez la vérité et vous pouvez l'écrire à Rome : Le Roi entend empêcher, à tout prix, cette nomination. D'ailleurs, il envoie làbas un émissaire secret, Chazan, avec des lettres de sa main

pour qu'on n’ait aucun doute sur ses intentions... Vraiment, cet.

évèque est fou! C’est lui qui a mis le royaume sens dessus dessous; il est la cause de tout le mal. De son exil d'Avignon, ül fomentait cette terrible révolte dont nous avons eu tant de peine à venir à bout, et ce serait lui qui recueillerait maintenant tout le bénéfice! Et quelle ingratitude! avait ajouté Luynes qui ne se contenait plus. J'ai tout fait pour lui. Je l'ai sauvé au moment de la mort du maréchal d’Ancre; je l’ai maintenu près de la reine mère; et il reste, malgré tout, mon plus furieux ennemi! On va le mettre en observation : si, vraiment, il s’est corrigé, nous verrons; il sera toujours temps de le faire cardinal. Mais pour le moment, qu'il attende! Tout cela, bien entendu, entre nous et dans le plus grand secret: le Roi en a assez de récompenser toujours les plus brouillons parmi ses sujets (1). »

Le nonce ne témoigne nulle surprise. Détestant lui-même Richelieu, il entre avec joie dans les vues de Luynes, et il en écrit de bonne encre à la cour pontificale : ce sont ses lettres qui nous renseignent.

Avant de quitter Poitiers, la reine mère demande au nonce de venir la voir; elle l’accabie de protestations et le supplie de faire tout le possible pour obtenir une solution prompte en faveur de son cher évêque. Bentivoglio va, tranquillement, répéter ces propos au ministre Puisieux, qui lève les épaules et sourit. Six semaines après, à Paris, Bentivoglio reçoit la visite de l’évêque de Luçon qui veut protester de son dévouement au Saint-

Siège. Le nonce est l'instrument joyeux de la fourberie de. Luynes. Il se moque agréablement du solliciteur : « C’est une

proposition extravagante, écrit-il à Rome. Il faut que la Reine soit hors de sens. Quant à cet évêque, c’est le plus effréné des ambitieux. Dieu le mortifiera. Quel déboire quand il se verra exclu! »

(1) Lettre de BenrivoGLio du 6 septembre, Nunziatura (t. IV, p. 414). — Pour tous les autres détails, voir les lettres du 7 octobre, du 13 octobre, etc.

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