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Plus la Reine insiste, plus le nonce s'amuse. L'ambassadeur de France à Rome a vent de quelque chose. Il craint qu’on ne lui fasse jouer un rôle ridicule. Il envoie en France un de ses secrétaires, nommé Mesmin, pour débrouiller l'intrigue. Mais les trois compères rient sous cape et le laissent marcher, tandis que Rome est prévenue.
Rome hésite. Elle connait la valeur de l’évèque de Luçon et craint peut-être, en trempant dans une pareille intrigue, de se faire un irréconciliable ennemi. Cependant, au fur et à mesure que Luynes, s’avançant vers le Béarn avec le Roi, voit le succès s'affirmer, le favori pousse vivement le nonce et insiste sur l’exclusion secrète, secrélissime, mais formelle.
Richelieu finit par se douter de quelque chose. On l’avise d'autre part. Son fidèle ami, Gabriel de l’Aubespine, évêque d'Orléans, lui écrit : « Vous ne trouverez pas mauvais d’être averti qu'un chevalier de l'Ordre me dit, hier, que votre promotion n'est pas encore assurée et que le Pape était bien averti de trois choses qui vous peuvent nuire : qu'aviez juré avoir l’âge à Rome et que ne l'aviez pas; que, durant votre charge de secrétaire d'État, aviez fait le pis contre le Saint-Siège que vous aviez pu ; que, nouvellement, vous aviez recherché les huguenots pour prendre les armes et servir avec la reine mère; qu’on aurait envoyé un exprès à Rome pour les tenir avertis de cela (1). » Son inquiétude est donc en éveil. D'ailleurs, il sèche d’impatience, et l’impatience est ombrageuse.
Pourtant, comment croire à tant de malice? Luynes est si affirmatif, si cordial. IL écrit encore à l’évêque, le 17 octobre : « Je suis extrêmement content de quoi vous auriez reconnu le soin que jai pris de vous servir en votre affaire de Rome... Nous continuerons à faire les mêmes instances que nous avons faites. » Et puis, de Fontainebleau, le 12 novembre : « Si je recogne jamais de ce que je vous ai promis, que je meure plus tôt! Fiezvous donc à moi. Je le dis parce qu'on m'a dit que vous aviez quelque méfiance. » ; et encore, le 19 décembre : « Ne vous met-
(1) Pièce citée par Avenez, Revue des Questions historiques (1°* juillet 1870, p. 116). L'original est aux Affaires Etrangères.