RICHELIEU JOUE
tez plus en peine d'imprimer en mon esprit l'affection que vous avez pour moi, puisque je ne suis nullement en doute... Il faut donc, désormais, faire etne plus rien dire, puisque nos cœurs sont hors de soupçon. » Et cela, même quand il s'éloigne. De Boulogne, où il accompagne le Roi, pendant le voyage de Calais, il écrit encore, le 25 décembre 1620 (1).
Un tel empressement finit par avoir raison des doutes de la Reine et de ceux de l’évêque de Lucon. D'ailleurs, Luynes, par une dernière habileté, ou une dernière faiblesse (car 1l n’a même pas le courage de sa perfidie), change encore de manège. Le comble de l’art serait de se dégager de toute responsabilité et de tout faire retomber sur Rome. Aussi, quand l’époque de la promotion approche, que la reine mère multiplie ses démarches avec une sorte de fièvre, et aussi quand les choses recommencent à se brouiller dans le royaume, 1l parle au nonce dans des termes sensiblement différents : « I change d’avis tous les jours, écrit celui-ci; un jour, il veut; un jour, ilne veut pas. » Le nonce évente le piège. Il veut une parole ferme et il pousse Luynes dans ses derniers retranchements. Celui-ci, mis au pied du mur, est bien obligé de découvrir sa véritable pensée : « Si on le nomme cardinal, ce sera bien, dit-il à la fin; mais si on ne le nomme pas, ce sera MIEUX. »
Voilà les hommes qui conduisent la France! Bentivoglio luimême n'en revient pas. « La vérité, écrit-1il, c’est qu'ils se détestent tous (2)! »
La promotion des cardinaux paraît, le 11 janvier 1621. Le nom de La Valette y est compris. Celui de Richelieu n’y figure pas. |
Il est facile de deviner les sentiments de l’évêque. Une fois encore, 1l était joué par ce perfide. Il eût pu éclater. Il se contient. IL écrit au Père Joseph une lettre demi-souriante pour lui faire part de la nouvelle, — et de l'opinion un peu naïve du bon La Cochère, qui n'a rien deviné, à Rome, et qui espère toujours une prochaine promotion. Mais il n’ajoute aucun commentaire. La vengeance est
(1) Affaires Étrangères (vol. 773, f° 139, 161, 163, etc.).
(2) BENTivoGLio, lettre du 12 décembre (vol. IV, p. 495 et aussi p. 536). — Cfr. Correspondance (t. I, p. 661-663) ett. VIII (p. 189).