‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 390 sur 479 · IRRITATION MUETTE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

IRRITATION MUETTE DE RICHELIEU

un plat qui se mange froid. Richelieu écrit, à propos de cet incident : «En France, le meilleur remède que l’on puisse avoir, c’est la patience. »

« Perdre Luynes par la violence, dit-il encore, était un si mauvais moyen pour gagner le cœur du Roï que la Reine fut toujours déconseillée d'entendre aux propositions qui lui furent faites sur ce sujet. » Mais l’évêque guette le favori, et 1l l'attend à la première faute ou au premier échec.

Luynes est entré dans l’ère des grands embarras et des lourdes responsabilités. On avait cru d’abord que le voyage du Béarn était une fin, et ce n’était qu'un commencement. Il fallait maintenant faire la guerre aux huguenots, et cela au moment où les adversaires du nouveau connétable lui reprochaient sa double erreur dans les affaires de l'Allemagne et dans celles de la Valteline.

Sentir rôder autour de soi, à la Cour, dans les Conseils, partout, l’inimitié muette et justement exaspérée d’un homme comme Richelieu, ce n’est pas une médiocre gêne. La reine mère est l’instrument bruyant de cette hostilité désormais implacable : « Après cela, est passé un temps, écrit Richelieu, où, nos désirs étant restés les mêmes, nos espérances se sont grandement refroidies, la Reine ayant tenu presque pour constant qu'on ne voulait point d'intelligence avec elle. » C’est un combat à mort. Marie de Médicis décue, furieuse, fait sonner sa colère. Tout est sujet de plaintes, de récriminations, d'exigences croissantes et querelleuses. Avec une insistance maternelle qui tourne à la persécution, elle réclame la place qui lui est due auprès du Roï. Elle a l'affection agressive. Elle veut entrer dans les Conseils, disant qu’une mère comprend mieux que personne les intérêts d’un fils. « La reine mère commence à se montrer de nouveau mécontente, écrit le résident florentin ,... son mal n'est point de ceux qui cèdent à des calmants... Dieu veuille qu'à la fin, on n'apprenne pas quelque nouveau coup de tête (2)! »

Autour de Luynes, on s'inquiète sérieusement. Là aussi, la

(1) Les choses en sont à un point tel que Richelieu, dans ses Mémoires, accuse Luynes d'avoir concu le dessein de vouloir « le faire mourir » (t. I, p. 248). (2) Cité par Zeccer (p. 58). — Voir aussi Correspondance (t. VII, p. 514).

Page 1