ATTITUDE DE LA REINE
colère gronde. Un habile et sage intermédiaire avertit Richelieu, et, parlant au nom du favori, emploie, après la caresse, la menace : « Vous avez été dans les Conseils et vous savez où portent les soupcons et à quoi la sécurité des États oblige les princes. En
telle matière, pour remédier à une ombre et souvent commence-
ment de mal, on est forcé de venir aux voies de fait. Ce qui peutêtre sera entrepris d’une part pour sûreté, sera pris de l’autre pour conspiration... Nous avons aflaire à un homme qui est de cette aumeur de vouloir contenter un chacun. Il saura toujours garder le respect et les devoirs selon la considération des personnes. Mais hâtez-vous donc, Monsieur, hâtez ce désiré retour et venez contribuer au bien commun, ce qui esten votre pouvoir (1). »
On veut Richelieu à la Cour. On le veut en otage. Pour lui, il est résolu : la Reine ne sera près du Roï que si elle a ses entrées dans le Conseil. Si on ne veut pas écouter ses avis, elle les donnera quand même. Elle a un entretien avec le Roï. C’est à l'heure critique où se décide la guerre contre les Réformés. Elle parle; elle s'oppose à la rupture; elle demande, elle exige « l’union de tous », c’est-à-dire la paix (2).
Elle parle d'union et de paix. Or, c’est la guerre. On méprise ses conseils : il faut donc frapper ailleurs. Richelieu prend le chemin de toutes les ambitions non satisfaites, de toutes les oppositions désespérées. Il s'adresse à l'opinion.
Ce jeune évêque se morfondait, depuis cinq ans, loin du pouvoir. Il s’épuisait en des efforts stériles pour conquérir sinon la faveur, du moins la confiance du Roi! Sa carrière était traversée par celle d’un homme jeune aussi, maitre de la volonté royale et qui, selon toute apparence, pendant des années encore, lui barrerait la route. Il n'avait qu'une issue : le cardinalat. On la fermait. La politique du silence et de la réserve lui réussissait mal. Il en adopte une autre.
(1) Cette lettre est de du Perron, archevêque de Sens, frère du fameux du Perron. Voir sa correspondance en original aux Affaires Étrangères, vol 773 (f°° 249-254).
(2) Voir la correspondance entre Marie de Médicis et Louis XIII, 13 avril-7 juillet 1621, Bibliothèque Nationale, fonds Gaignères (f. fr., 20435), analysé dans Correspondance (t. VILLE, p. 21).
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