RICHELIEU ET LES PAMPHLÉTAIRES
duc de Savoie, les Grisons, Mansfeld, tous nos amis crient au secours et personne ne vient à leur aide.
Comme la situation de la France est changée, depuis l’assassinat de Henri IV! Tous les maux qu'on avait prévus se réalisent. Divisée au dedans, au dehors elle n’a plus d’alliés! La confédération qui s'était groupée autour du vainqueur de Fontaine-Francçaise s’est dissipée. En évoquant habilement de soidisant principes religieux, on nous a isolés en Europe. L'Angleterre nous a abandonnés et la voilà qui recherche maintenant elle-même l'alliance d'Espagne. Nous n'avons pas su profiter des occasions favorables. Nous avons laissé périr sans secours le duc d’Ossuna à Naples; et, au moment où cette vieille adversaire était écrasée par nos alliés de la veille, loin de l’achever, nous l'avons sauvée, à Ulm.
Demain, restaurée et raffermie, ayant eu raison, isolément ou successivement, de tous ses adversaires, elle se dressera de nouveau devant nous; elle marchera sur nous: elle retrouvera des Farnèse ; il lui reste des Spinola; et elle nous prendra, de nouveau, en flagrant délit des discordes intestines où sa redoutable habileté nous aura, encore une fois, précipités.
La France n’a pas de plus cruel ennemi qu’elle-mème. Ce sont ses divisions qui font la force de ses adversaires. Tous ceux qui n'étaient pas aveuglés par la passion catholique comprenaient que c'était là le danger national ; et c’est pourquoi ils se donnaient, avec une assurance qui déconcertait leurs adversaires, le nom de « bons François ». |
Ces aspirations, ces sentiments, étaient-ils partagés par le car-
dinal de Richelieu, ou, pour préciser, appartenait-il au parti des « bons François »? Sur bien des points, il était certainement en communauté de vues avec ce groupe d'hommes sensés, influents et actifs. Il était frappé du danger que faisait courir au royaume l'abandon de la politique traditionnelle de Henri IV. Il voulait la France grande. Or, alliée et satellite de l'Espagne dans la campagne de restauration catholique, elle ne pourrait être que subalternisée et diminuée. Il était partisan déclaré de la tolérance religieuse. Son titre d'évêque et même sa candidature au cardi-
Polodr first.