‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 417 sur 479 · FORCE ET FINESSE · texte numérisé non relu

FORCE ET FINESSE

Dans la passe redoutable où la France est engagée, elle a besoin de toutes ses forces et de toute sa prudence pour parer à un

double danger. Avant tout, la crise extérieure, la frontière, la Val

teline, l'Allemagne. La France ne peut laisser les Espagnols achever, à ses dépens, l’entreprise de la domination universelle : elle a donc besoin des protestants et elle devra ménager leur concours. Ceux-ci peuvent troubler la paix intérieure : on tâchera de les gagner; mais, s’il est nécessaire, on n’hésitera pas à les attaquer en s'appuyant sur les catholiques. |

C’est cette politique, cette politique française, cette politique royale, que Richelieu fait sienne, alors qu’il est encore dans l’opposition. Il attellera à son charles passions de tous pour faire, par leur ardeur même, le bien de tous. La religion — catholique ou protestante — devient, pour lui, à la fois fouet et frein. IL conduira tout le monde, d’une main ferme, selon ses propres expressions, « au but qu'il s’est proposé pour le bien de l'État ».

Il jouera donc à la fois les deux jeux, se tiendra à égale distance des deux thèses, n’inclinera vers l’une ou vers l’autre que selon la nécessité pressante des circonstances ou le besoin urgent de l'action. Sa vertu suprême est la mesure. La politique française sera faite de souplesse, de finesse,de pondération, et sa force sera dans sa précision. Il attendra, louvoiera, hâtant ou retardant la marche selon le temps, le vent ou les étoiles; il aura pour mission — afireuse existence! — de longer les précipices, de supporter les orages, de remonter les courants. Pour employer une autre de ses expressions, il devra « comme les rameurs, aller au buten lui tournant le dos ». Le phare qu'il suit, c’est l'intérêt de la France : ilne voit rien autre chose, et, en bon pilote, il sait où il va, tandis que l'équipage s’irrite et se plaint dans la nuit.

Le double reproche que cette savante audace suscitera, il le

brave. Il sait qu'il aura contre lui les violents des deux partis et que

ce sera un cri universel, Mais il tiendra droit le timon; car la con-

tradiction apparente se résout, pour lui, dans la résolution arrêtée.

de ne verser dans aucun excès. Les protestants vaincus seront de meilleurs Français, et on les traitera comme tels. L'Espagne abattue, c'est la papauté et la cause catholique libérées en Europe.

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