‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 418 sur 479 · L'ÉQUILIBRE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

L'ÉQUILIBRE FRANÇAIS

L'Allemagne du Nord contiendra l'Allemagne du Sud ; elle sera contenue elle-même par les populations catholiques du Centre.

La France combattra une’ entreprise de domination universelle, mais sans poursuivre, à son tour, de si folles ambitions. Elle gagnera ses frontières naturelles sans les dépasser; elle s’attachera, par une conquête d'affection, les provinces nécessaires qui se fondront volontairement dans son unité. Au dehors et en ellemême, sa loi sera l'équilibre; et, si la fortune dont un tel ministre est digne lui vient en aide, si la faveur royale ne l’abandonne pas, il pourra laisser au monde, avec la paix, un exemple parfait d'effort maitrisé et de victorieuse modération.

Mais, pour atteindre ce but à peine entrevu, que d'obstacles, que de contrariétés, que de périls! L'homme qui ose concevoir de tels desseins aura contre lui la médiocrité générale, les jalousies, les passions basses, et puis la difficulté des réalisations, toujours si lentes quand les vues sont si promptes, et puis la longueur du temps, et puis l'incertitude de la faveur que les services rendus ébranlent tout autant que l'intrigue.

Cette montagne d'obstacles, qui ferme son horizon, le jeune évêque la mesure du regard. Mais il n'hésite pas; son cœur résolu n'a jamais tremblé. Et, plus haut que son cœur, son intelligence plane. Elle à tout calculé, tout pesé. Elle vorf le succès au bout de la route obscure où elle s'engage; car cet esprit puissant éclaire au loin l’avenir devant lui et cet étonnant génie a cette portée sans pareille « d’avoir eu les intentions de tout ce qu'il fit ».

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