‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 423 sur 479 · DIFFICULTÉS DE LA CAMPAGNE DU MIDI · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS DE LA CAMPAGNE DU MIDI

Luçon ; mais il désire que personne ne puisse découvrir le fond de sa pensée. Il m'a dit qu'il désire plutôt être agréable à Votre Illustrissime Seigneurie qu’à Lucon et nous sommes convenus ensemble que vous, lui, Modène et moi, serions seuls au courant de l'affaire (1). »

Quant à la situation du favori, elle était bien changée. Les événements avaient réalisé les prévisions de l’évêque. L'assurance grandissante de celui-ci vient de la joie contenue qu'il éprouve, au fur et à mesure qu'il recoit, de Marillac resté auprès du Roi, les nouvelles de ce qui se passe dans le Midi.

Tandis que le Roi, quittant les provinces où l’autorité royale était respectée, s'avancait vers les régions où la cause protestante était en force, il se rendait compte, à la fois, de la difficulté de l’entreprise et de l’imprudence de ceux qui l'avaient décidée sans la préparer. Pas d'argent. Les 800000 écus votés par l'assemblée du clergé n'étaient qu'une goutte d’eau. L'armée se constituait lentement; elle n'atteignit jamais la moitié du nombre d'hommes que l’on avait prévus. Le commandement exercé par un courtisan qui portait le titre de connétable, mais qui n’était qu'un militaire dérisoire, manquait d'autorité et de suite. On allait devant soi, comme pour une promenade, mais de plus en plus pénible. Tantôt on parlait d'attaquer la Rochelle, tantôt de se porter sur Montauban.

L'armée royale avait devant elle des adversaires autrement redoutables. Rohan qui avait pris la responsabilité de la rupture, assumait celle du succès. Auprès de lui, La Force, soldat expérimenté et vieilli sous le harnais, jouait sa dernière carte et prétendait réparer les fautes commises dans l'affaire du Béarn. Ses enfants et gendre, Castelnaut, d'Orval, Montpouillan, faisaient comme une couronne de jeunesse autour du vieil athlète des guerres de religion. Un autre ami de Henri IV, le duc de Sully, qui ne devait jamais se consoler de sa chute, très riche et maître de quelques places très fortes, songeait, parait-il, à profiter des

(1) Voir l'étude d’AveneL dans Revue des Questions Historiques, année 1870, 1e: juillet (p. 120).

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