D10 | SILLERY ET -PUISIEUX
depuis lors, éloigné seulement pendant quelques mois au temps du maréchal d’Ancre. Avec l’âge et la pratique, il avait su rendre service au duc de Luynes; il connaissait les affaires étrangères, savait parler aux ambassadeurs, savait surtout les écouter et les renvoyer à demi satisfaits, avec de bonnes paroles inutiles. Si la conduite des affaires extérieures pouvait se suffire d’une perpétuelle abstention, il eût été l’idéal des ministres. N'ayant pas une idée à lui, il empruntait celles des autres, et comme ïl en changeait souvent, il paraissait en avoir beaucoup ; il entretenait ainsi sa réputation par une tactique assez habile de plagiat discret et d’évolutions sournoises. Un pamphlet du temps dit, à propos de ce personnage : « Il faut que vous sachiez que, de tout temps, on à appelé Galbouziers ceux qui prennent le nom de celles qu'ils épousent. » Or, Puisieux était très honoré de l’alliance d’une Étampes de Valençay, et c'était une opinion à la Cour que si l’on voulait obtenir une faveur, ou un service, il fallait les demander à « la Puisieuse » : c’est ainsi qu’on l’appelait. Quant au mari, on l'avait baptisé un « hermaphrodite d'État ». C'était, dit Vittorio Siri, « un homme irrésolu dans les affaires, inconstant dans les paroles qu'il donnait et plus artificieux que véritablement habile. Certains projets ambitieux et je ne sais quelles espérances du côté de la Cour de Rome le rendirent dépendant du Pape ». Bassompierre dit de lui « craintif et peureux. » Rohan, dans sa manière sèche, achève le portrait : « Puisieux, dit-il, homme de petit courage et dont l’industrie ne consistait qu’en tromperies (1). »
C'étaient ces deux hommes que la fortune jetait maintenant en travers de la destinée de Richelieu, comme si elle eût voulu que le Roi Louis XII fit le tour de toutes les insuffisances, avant d'appeler l'homme que la voix publique désignait. L'évêque, dans le premier moment, ne sut pas contenir son impatience. Son ambition si vive avait déjà la main tendue pour saisir le pouvoir. Laissons-le parler lui-même : « Dès que le roi fut. revenu à Paris, le 28 janvier 1622 {c'est-à-dire près de six semaines
(1) Pour tous ces traits, voir Correspondance (t. I, p. 705). — BASSOMPIERRE (t. I, p. 385). — LEvassor (t. II, p. 437 et 472), — Mémoires de Rouan (p. 193).