‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 437 sur 479 · DÉCEPTION DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

DÉCEPTION DE RICHELIEU

après la mort du connétable), on proposa d’abord si la Reine auroit entrée dans les conseils. On dit au Roï qu'il étoit à propos qu'il eût confiance en elle, mais qu'il ne devoit pas l'appeler au maniement de ses affaires, parce que l'amour qu'on avoit pour elle feroit que, bientôt, elle partagerait avec lui l'autorité... Cette résolution ayant été communiquée à la Reine, je me chargeai de faire entendre aux ministres que, s’ils désiroient la gloire du Roi, la satisfaction publique et leur utilité particulière (que de choses à la fois!), ils devoient porter Le Roi à lui donner cette place due à sa qualité et à l'honneur du Roï. » Mais les ministres ne se laissèrent pas convaincre. « Rien ne put les émouvoir. » Il est vrai, ajoute-t-il aussitôt, qu'ils ne s’y opposoient pas tant par aversion qu'ils eussent contre elle que par la crainte qu'y étant une fois établie, elle m'y voulüt introduire. Ils connoissoient en moi quelque force de jugement, ils redoutoient mon esprit, craignant que si le Roi venoit à prendre quelque connoissance particulière en moi, 1l me vint à commettre le principal soin de ses affaires... 1ls avoient posté des gens pour lui rendre toutes mes actions suspectes (1)... » S'il en était ainsi, il eùt pu s'épargner la démarche.

Sa hâte mit tout le monde en méfiance, et le roi plus que tout le monde : « A l'égard de la reine mère, dit le nonce Corsini, le roi est plein de soupcon qu'elle ne veuille l’assujettir comme du temps de Concini. Lorsqu'on voit auprès d'elle l’évêque de Luçon, on peut redouter que celui-ci ne prenne pied trop avant; car sa cervelle est ainsi faite qu'il est capable de tyranniser la mère et le fils (2). »

Cependant les ministres avaient compris qu'ils n'étaient pas assez forts pour résister seuls à l'intrigue de la Cour et à l'influence de la reine mère, conseillée par un homme tel que l’évèque de Luçon. Cherchant autour d’eux des appuis, ils se rapprochèrent du prince de Condé. Celui-ci était accouru de Berry à Châteauneuf-sur-Charente, aussitôt la mort du connétable, pour saluer le Roi. C'était un homme hardi, ambitieux, impudent, haut

(1) Mémoires de RICHELIEU (t. I, p. 258).

(2) Zezzer, Ministres (p. 8).

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