LETTRES DE COMPLIMENT
ces occasions, n'ayant pas la tournure d’esprit complimenteuse (1). Pourtant, les paroles adressées au Roi sont nobles et sobres; elles dévoilent déjà les autres ambitions : « Je supplie Dieu qu'il me fasse la grâce d’être si heureux en ce dessein que mes actions me signalent, encore plus que la pourpre dont il vous a plu mho-
norer. » Au vieux chancelier, ce sont de parfaites politesses. A
Puisieux, ce sont des protestations si exagérées qu'elles n’engagent plus : « M. d'Aire (Bouthillier La Cochère) m’écrit en sorte que je connois clairement qu'après le Roi et la Reine, je vous dois ma promotion et au soin que vous avez eu d'envoyer et rafraichir souvent de bons ordres à M. l'ambassadeur, et à la dextérité et à la force avec laquelle il a su les faire valoir. Je le reconnois ingénument, afin que vous m'en fassiez reproche si j'oublie rien de ce que je pourrai pour en prendre revanche. Faites donc état de moi, Monsieur, comme d’un ami et d’un serviteur entièrement assuré. » |
Avec le Nonce, c’est une ironie froide : « J'ai fait voir à la Reine la lettre de M. le cardinal Ludovisio qui fait foi du soin que vous avez pris de lui faire connoître les intentions du Roi... elle sait bien aussi que vous avez toujours trop fait profession de l’'honorer pour que vous n'ayez favorisé une affaire qu'elle affectionnait. Pour moi, monsieur, je vous tiens trop de mes amis pour en avoir autre pensée... »
Nous devons à la littérature de mentionner les lettres échangées entre Balzac et le futur fondateur de l’Académie francaise : le grand épistolier avait connu l’évêque de Luçon à Angoulême; même il avait pu croire un instant qu'il était en passe de le supplanter dans la faveur de Marie de Médicis. Il avait taillé sa plus belle plume pour écrire à l'Éminence un compliment qui, en vérité, n'est pas ordinaire : « ... C’est de gens sages et capables de gouverner les États que la stérilité est grande; et, sans mentir, pour en voir encore un pareil à vous, il est besoin que toute la nature travaille et que Dieu le promette longtemps aux hommes avant que de le faire naître. »
(1) Voir les réponses de Richelieu dans Correspondance (t. T, p. 725 et suiv.). — Ofr. … l'Histoire et les Mémoires d'AUBERY.
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