RICHELIEU COLLECTIONNEUR
Il est homme de goût. Il sera, toute la vie, un amateur d'art
éclairé. Cette disposition se révèle dès lors. Il avait acheté Limours.
Limours ne lui suffit plus. Bientôt il achètera Ruel qui avait été construit par l’opulent financier Moysset, et il écrira à M. des Roches qui est en Italie pour les affaires de Marie de Médicis
« Faisant faire quelque fontaine et ornement en une maison que j'accommode près de Paris, le sieur Franchine m'a donné avis de vous écrire pour voir si vous ne pourriez pas faire venir quelques statues de marbre, un bassin de marbre, etc... » C’est le moment
où il surveille, pour la Reïne, la construction et la décoration du
Luxembourg, et lui-même commence à montrer du goût, qu'ilaura toute sa vie, pour la bâtisse (1).
En un mot, il se met à sa vraie place, c’est-à-dire parmi les grands seigneurs nés. Sa dignité ne fait qu'achever sa na-
ture. IL a trente-sept ans : maigre, élancé, les cheveux et la.
barbe noirs, l'œil clair et pénétrant, il est encore beau, si la beauté est compatible avec une évidente et intimidante supériorité. Il a le teint mat des hommes que les veilles consument, que les pensées rongent et qui souffrent. Il est exactement de ceux dont on dit que la lame use le fourreau : et, en effet, long, mince et flexible, il semble une épée. Il place le bonnet rouge de cardinal sur sa tête triangulaire. Il s’enveloppe des plis abondants de la pourpre. Ainsi, il entre tout rouge dans l’histoire, réalisant la plus complète et la plus puissante physionomie de « cardinal » que l'imagination et l’art aient jamais pu rêver.
Aussitôt qu'il eut appris la nouvelle de sa promotion, Richelieu quitta la reine pour aller dire son remerciement au Roi. Il descendit encore une fois ce cours du Rhône qui le vit, si souvent, aller et venir selon les diverses phases de sa fortune. Il joignit le Roï à Tarascon, le suivit à Avignon, où il retrouva les souvenirs si récents des mois d’exil et de disgrâce, puis à Lyon qui fut pour lui, à parür de cette date, la ville des grands événements, |
NELLE DE VAUDORÉ, Histoire du monastère et des évêques de Luçon (fin du tome 1°’, début du t. 11). — A ce même moment (9 sept. 1623), Richelieu vend la charge d'aumônier de la reine régnante à l’évêque d’Alep. Voir Correspondance (t. VII, p. 530).
(1) Correspondance (t. I, p. 765).