LA FRANCE REFOULÉE PARTOUT
formes à la foiblesse de leur âge. La Reine ne se désiste pas de sa poursuite... Mais ses raisons profitent de fort peu. Les ministres pensent à leurs affaires et non pas à celles du Roi qui, partant de Lyon, vers la fin de décembre (1622) s'achemina à Paris où son peuple l’attendoit avec un extrême désir (1). »
Ainsi la France est chassée de l'Allemagne; ses droits, ses intérêts, sont méprisés dans la Valteline. Ses deux rivaux l’'emportent partout; pour la première fois, le cercle de fer de la domination austro-espagnole s’est fermé autour d'elle ; ses alliés sont ruinés, abattus ou hésitants:; et les deux ministres Sillery et Puisieux, absorbés par le travail de l'intrigue, ne songent qu'à sauver, par les plus basses compromissions, les restes d’une autorité qui s'effondre.
De la France entière, une immense huée s'élève contre eux. Ce que tout le monde comprend, c’est que ces ministres sont là, non pas en raison de leur mérite, mais uniquement pour empêcher l’arrivée au pouvoir de l'homme qui, seul, dans ces circonstances difficiles, serait capable de conduire les affaires.
On sait que le Roi, jeune, ignorant et obstiné, est entretenu savamment dans l’idée que cet homme sera pour lui non un ministre, mais un maitre. On sait que toute la cour craint le retour aux affaires du personnage dévoué uniquement au bien public, qui planera au-dessus de tous les intérêts louches, de toutes les coteries et qui mettra, s’il le faut, tout le monde à la raison. Les médiocrités restent coalisées contre lui et font bloc dans cet étroit espace, la Cour.
Ce qu’elles détestent en lui, c’est sa capacité, son intégrité, cette Ame altière qui ne veut pas dépendre. Les quelques mois qui s’écoulent maintenantne sont rien autre chose que la lutte entre l’ascension fatale d'un génie nécessaire et la résistance lamentable d'une coalition qu'épouvante sa marche irrésistible. Il lécrivit lui-même, plus tard, évoquant ces temps médiocres : « J'ai eu ce malheur que ceux qui ont pu beaucoup dans l'État m'en ont toujours voulu, non pour aucun mal que je leur eusse fait, mais
(1) Mémoires de Ricneueu (t. 1, p. 272) et ZeLLER, Ministres (chap. vi).