SITUATION DE RICHELIEU
pour le bien qu’on croyait être en moi. Ce n’est pas d'aujourd'hui que la vertu nuit à la fortune et que les bonnes qualités tiennent lieu de crimes. On à remarqué de tout temps que, sous de foibles ministres, la trop grande réputation est aussi dangereuse que la mauvaise et que les hommes illustres ont été en pire condition que les coupables. » C’est encore un mot qu'il faut lui emprunter : «iln'y avait qu'à laisser faire le temps et à se consoler en cette attente (1) ».
Autour de lui, les vœux et les témoignages abondent; son adversaire d’autrefois, le Père Arnoux, s'écrie : « Quand donc prendrez-vous le timon? » Nous avons lu la phrase de Balzae sur ces « capacités que Dieu promet longtemps aux hommes avant que de les faire naïtre ». Voici maintenant l'avis de Malherbe dans une lettre écrite, dans l'intimité, à son ami Racan : « Vous savez que mon humeur n’est ni de flatter ni de mentir, mais je vous jure qu'il y a, en cet homme, quelque chose qui excède l'humanité et que si notre vaisseau doit jamais vaincre la tempête, ce sera tandis que cette glorieuse main en tiendra le gouvernail (2). »
Voici la voix publique, qui s'exprime en termes naïfs et sincères :
Monseigneur de Luçon, vous êtes la lumière;
C’est vous qui par sagesse et qui, par bonne foi,
Vos offices rendant, nous donnerez la loi.
… Si que chacun crie au seigneur de Luçon:
Après Ténèbres, viens ; J'espère-en talecon.
Post tenebras spero lucem (3).
D'autres écrivent : « Pour le cardinal de Richelieu, les courüsans le tiennent raffiné jusqu'à vingt-deux carats, et les clair-
(1) Mémoires (t. I, p. 270).
(2) Lettres de Marneree, édit. des Grands Écrivains (t. IV, p. 20-21). (3) Recueil des pièces. du temps de Luynes, édition 1625 (p. 440).
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