RELATIONS DE LA REINE ET DE CONCINI
plaisait pas. Elle s’effrayait même, pour sa chère Léonora, d'une maladie qui était, chez lui, disait-on, la suite de ses folies de jeunesse, et qui causait, ajoutait-on encore, l’étonnante pâleur de . son visage. Mais il est certain que ses sentiments changèrent et que le Florentin finit par prendre sur elle un réel empire. La jalousie de Henri IV en témoignerait au besoin. Concini logeait au Louvre près des appartements de la reine, en raison de la charge de sa femme. Plus tard, il fit construire une petite maison adossée au palais, en face l'hôtel de Bourbon. Cette maison communiquait avec l’entresol qu'habitait la reine par un pont que la malignité populaire avait baptisé le pont d'amour (1). On sait aussi que les relations conjugales entre Léonora et son mari étaient rompues dans les dernières années : c’est elle du moins qui l’assurait, au moment de sa mort. Tous ces détails étaient connus du publie, relevés et envenimés dans les pamphlets (2). On affichait couramment des «ordures », — c’est le mot de Malherbe, — sur ce qui se passait au palais (3).
Marie de Médicis ne pouvait vivre sans ses chers confidents. Dès
(1) Sully est souvent revenu sur cette matière, soit dans ses Mémoires, soit dans la conversation déjà citée. 11 porte même une accusation formelle, quoique voilée, dans le passage de son livre où ses secrétaires lui disent : « Concini pouvoit se dire en quelque sorte compagnon de M. de Bellegarde (on disait, en effet, que la reine avait un faible pour le beau gentilhomme de la Chambre) avec lequel il n’avoit jamais été guère bien, mais il y avoit toujours eu entre eux des envies, émulations, jalousies , pour de certaines causes que vous savez mieux que nous et que nous laissons deviner aux autres. » (Économies royales.) Il est vrai qu'il faut toujours tenir compte, dans ces appréciations du vieux ministre déchu, des sentiments d’hostilité que, depuis sa disgrâce, il avait conçus à l'égard de Concini et de la reine mère. Cependant les mauvaises dispositions de Henri IV à l'égard des Concini sont confirmées par tous les contemporains et notamment dans cette note manuscrite de Richelieu, citée par M. A. Bascuer : « Le roi s’avisa de vouloir abattre les Florentines par les Florentins, et suscita Don Juan de Médicis, bâtard de Florence du même sang que la reine, puissant en sens et en qualité par-dessus les Concines, pour les ruiner dans l'esprit de sa femme. » Mémoire d'A. Du Plessis de Richelieu. Appendice (p. 45). — Cfr., à ce sujet, ce que raconte MALuerBe, Correspond. (t. ILT, p. 49-64) et TALLEMANT DES RÉAUX, loc. cit. (p. 132). — Voir aussi la note de la page 131 : « Toutes les médisances qu’on en a faites sont publiques. Un jour, comme la reine mère disait : « Apportez-moi mon voile, » le comte de Lude dit, en riant : « Un navire qui est à l’Ancre n'a pas autrement besoin de voiles. »
(2) Journal de ce qui s'est passé à la mort du maréchal d’Ancre, dans l'Histoire des plus illustres favoris (par Pierre pu Puy), éd. de 1669.
(3) Correspondance (t. II. 230).
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CORRESPONDANCE AVEC CONCINI. | ot
qu’ils s’éloignaient quelque peu, elle les rappelait vite auprès d'elle. Si l'absence devait durer, elle leur écrivait, — au mari et à la femme, — des lettres presque toutes de sa main, remplies de marques d’affection et de tendresse. Quoique le registre qui nous les a transmis soit de caractère peu intime, puisqu'il est copié de la main d’un secrétaire, on y relève pourtant, parmi les détails de la vie de cour, spectacles, comédies, moines et colifichets, quelques traits plus expressifs. En mai 1613, la reine écrit à Concini que, « maintenant qu’il va mieux, elle veut qu'il se rende auprès d’elle, à Fontainebleau », et elle ajoute : « c’est chose que je désire pour les raisons que je vous dirai à vous-même. » Or, le même jour, elle écrit à la marquise d’Ancre, et elle ne la prie nullement d'accompagner son mari. Quelque temps après, autre lettre très affectueuse au marquis d'Ancre, qui est à Amiens : « Continuez votre voyage et vous y entretenez sans vous ennuyer. » Au cours du voyage vers Nantes, en 161%, active correspondance avec le maréchal et la maréchale qui n’ont pas accompagné la reine : « Je me porte bien, écrit-elle à Concini, et je n'ai de déplaisir que la longueur et opiniâtreté de votre maladie (1). » Celui-ci la traitait, d’ailleurs, assez cavalièrement. En octobre 1616, au retour de Caen, où ilétait allé se renfermer en un accès de mauvaise humeur et d'inquiétude, la reine le rencontra comme il arrivait. Elle descendit de carrosse pour lui parler. « Vous voilà gros et gras, lui ditelle, et avec bon visage. » Il répondit brusquement : « Est-ce pour cela que vous m'avez envoyé querir si vite (2)? »
Ce sont là de bien vagues indices. Ils ne sauraient prouver, entre la reine et le maréchal, d’autres rapports que ceux d’une grande familiarité. Le point délicat reste difficile à éclaircir. Je n’ai rien trouvé de plus direct à ce sujet qu'un mot de Richelieu, un mot de prètre, où l’on sent percer les inquiétudes rétrospectives du
(1) Voir le registre de la Correspondance de Marie de Médicis conservé à la B:b:iothèque nationale, Cing-cents Colbert, vol. 89. La correspondance est très active en 1612 et 1613. Elle se raréfie les années suivantes. Ce registre, qui est une copie, peut, d’ailleurs, ne pas être complet. Il n'en contient pas moins une quantité de renseignements précieux qui me paraissent avoir échappé jusqu'ici aux recherches des historiens et érudits.
(2) Journal d'ARNAULD D’ANDILLY {p. 217).