SITUATION GRANDISSANTE DE RICHELIEU
voyans ont opinion que son naturel courageux l’engagera à bien faire pour avoir de la gloire... Issu d'un père bon Francois, il imitera un si brave cavalier... Sans s'arrêter aux intérêts de l'Espagne ni des cagots, il embrassera ceux de Votre Ma- Jesté comme un autre cardinal d’'Amboise, afin de relever cet État menacé de ruine évidente... sa prudence et sa dextérité incomparable au maniement des affaires ont été les échelons qui l'ont fait monter à ces hauts degrés d’honneur et de gloire qu’il tient en l'Église et en l'État. il conjoint une si grande solidité du jugement à une si grande vivacité que jamais qualités contraires ne se virent tempérées par une si puissante harmonie... il est comme le flambeau qui pour éclairer se consume luimême, attendu que l'État recueillant les fruits de son travail et de ses veilles, il ne fait que ruiner le peu de santé qu'il a, comme une hostie immolée pour le salut public (1)... »
Voici, la voix de ses ennemis déclarés : « Plusieurs personnes le connoissoient homme d'un esprit subtil et qu'on ne peut aisément surprendre, parce qu'il est toujours en garde, qu'il dort peu, travaille beaucoup, pense à tout, est adroit, parle bien et est assez instruit des affaires étrangères (2) ». Il faut une singulière force dans la vérité pour arracher de tels éloges.
Voici, enfin, l'opinion des diplomates étrangers : témoins attentifs et intéressés, ils disent ce qui est nécessaire à l’instruction de leurs gouvernements. Leurs correspondances secrètes nous font assister au drame qui se joue autour de la faveur royale, au cours de cette année suprême, où les derniers eflorts sont faits par toutes les médiocrités et toutes les jalousies, pour barrer la route au génie. Le nonce écrit en janvier 1622 : « les anciens ministres, devenus tout-puissants, redoutent son « cerveau trop actif (cervello forse troppo gagliardo del vescovo « di Lusson). » Il répète en janvier 1623 : « Le cardinal de « Lusson ne pourra jamais s'entendre avec eux tant ils redou- « tent son intelligence et son talent. » L'ambassadeur vénitien témoigne de la réserve où il se tient (mars 1623) : « Les conseils
(1) Recueil de diverses pièces contre Luynes (p. 483). — GELEy, Fancan (p. 190). (2) Marmieu ne MorGuss, Pièces pour la défense dela Reine mère du Roi.