CONFIANCE EN RICHELIEU
« se tiennent dans la chambre de la reine mère et le cardinal « de Richelieu affecte de plus en plus de s'éloigner du gou- «vernement. »
Voulons-nous saisir au naturel le jeu des subalternes et même
de la valetaille : tout ce qui entoure la reine mère fait ses confidences au résident florentin. Ce diplomate n’aime pas le cardinal. Voici ses paroles : « J'ai été mis au courant par le moyen des femmes de chambre et de l’apothicaire, étant très familier avec
ces gens de mon pays. Ils viennent souvent exhaler confidentielle
ment avec moi leur passion et particulièrement celle que fait naître en eux la domination superbe et intéressée du cardinal qui veut tenir bas, soit par ambition, soit par avarice, tous les autres serviteurs de la Reine... Ils me dirent que ce cardinal seroit encore la cause d’une nouvelle ruine pour la Reine, parce que le Roi ne pouvoit pas le souffrir. ; ils me dirent aussi que le Roi avoit, à ce propos, lancé de la belle facon quelque brocard à la Reine; mais qu’elle ne veut pas comprendre. »
Et voici un seul mot en passant qui, à lui seul, résumerait tout : «M. le cardinal de Richelieu qui, pour sa valeur personnelle, est très redouté... », s’il ne fallait finir par cette phrase écrite encore par le résident florentin, le 16 février 1624, et qui prouve que,
jusqu'au dernier moment, la cabale n’a pas désarmé : « Le Roi, dit-il, voudroit bien que la Reine sa mère acceptât que le cardinal
de Richelieu s’en allât pour quelque temps à Rome et qu'elle voulüt bien se servir pour principal ministre de M. de Brèves ou d'un personnage semblable... C'est là la raison qui met encore quelque
obstacle à une entente complète entre le Roi et sa mère; car il
est très certain qu'aujourd'hui il n’y a plus de mésintelligence
entre eux; mais le Roi ne peut pas s'empêcher d’avoir en tête certains scrupules relatifs non pas à la fidélité, mais à lesprit altier et dominateur du cardinal (1).»
La preuve est faite; mais il fallait faire cette preuve. Jamais un homme en passe du pouvoir ne fut mieux compris, mieux deviné, plus impatiemment attendu par ses contemporains; jamais un
(1) ZELLER, Ministres (p. 280).