ÉCLATANT GÉNIE DE RICHELIEU
homme n'eut autour de lui un tel cortège de confiance, de vœux et d’applaudissements; jamais un homme ne fut, dans toute la force du terme, « appelé » comme le fut Richelieu.
IL avait été ministre quelques mois à peine, dans les temps troubles de la faveur du maréchal d’Ancre; sa conduite, pendant les longues années qui séparent sa chute de son second ministère, avait pu sembler suspecte; tous savaient que le Roi, qui l'estimait peut-être, ne l'aimait pas. Cependant l'éclat de son intelligence était tel, qu’il éblouissait les veux et forcait les suffrages. On rconnaissait en lui un génie extraordinaire, même avant qu'il l'eût déployé. Bonaparte avant Montenotte n'était qu'un officier ignoré. Il gagna sa fortune à coups de victoires. Richelieu n'eut qu'à se montrer. Son regard pénétrait les esprits. Une sorte de magnétisme rayonnait de’lui. D'une main souple, il dénouait les oppositions et les humeurs. Sa présence était active. Il parlait bien : c'était une sirène. Il avait toujours raison : c'était un chef.
Cette année 1623 est une des plus pitoyables de notre-histoire. Elle se consume en luttes vaines, en intrigues médiocres, en un confus amas d'erreurs, de fautes et de manèges mesquins, tandis qu'autour de la France montait la marée des événements désastreux. |
Le Roi est entré à Paris. Il y vit dans l’inaction et dans l’isolement, dégoûté de lui-même et des autres. Assez soucieux de son devoir de roi pour sentir qu’il y a mieux à faire que ce qu'on fait, trop inexpérimenté et trop timide pour discerner et décider ce qu'il convient de faire, il cherche des conseils qu’il ne se résout pas à suivre. Sa méfiance est toujours en éveil.
Il n’est pas heureux; son ménage ne va pas. La reine Anne égarée par des amis imprudents, se prète mal volontiers à ses fantaisies d'enfant triste et exigeant ; elle est jeune, elle voudrait rire, s’ébrouer ; elle cherche des jeunesses pareilles à la sienne. Lui, survient parmi ces gaités; renfrogné et morose, il boude dans un coin. Sa présence est une gêne; il le sent, il le voit; il souffre. Et puis, on dirait que l'approche de la femme l'effraye.
La jeune Reine ne l'encourage pas : deux fois, elle devient