‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 464 sur 479 · LES PASSETEMPS DE LOUIS XIE · texte numérisé non relu

LES PASSETEMPS DE LOUIS XIE

grosse; deux fois par imprudence, par jeu, par gaminerie, elle se blesse; c'est comme un sort jeté sur cette union. Le Roi est un mari médiocre; la Reine, qui s’est formée tardivement, appartient à cette maison d'Espagne si affinée, si épuisée, qu'on se demande si l’arbre peutencore porter des rejetons. Le frère du Roi, Monsieur, grandit. On s’habitue à voir en lui lhéritier présomptif. Le Roi commence à se montrer jaloux; la jeune reine regarde avec quelque attention ce jeune beau-frère, joli gamin, noir, vicieux et hardi; elle se plaîten sa compagnie. Quant à la reine mère, elle couve d'une tendresse maternelle l’avenir de cet autre enfant; elle est Médicis; en cas d'accident, la destinée de sa grand'tante Catherine, qui pendant cinquante ans, grâce aux régences, a été reine de France, ne lui déplairait pas (1).

Le Journal d'Héroard nous raconte, jour par jour, la vie du Roi: c'est toujours cette chasse obstinée, effrénée, qui, par l’'exagération niaise, volontaire, tètue, a quelque chose de navrant. Cet homme ne peut donc pas se trouver en face de lui-même? Le Roi de France n'a-t-il d'autre fonction publique que de courir le cerf ou le renard? « Le 6 mars, mercredi, il va à Versailles à la chasse, revient au galop, comme il étoit allé, va chez la Reine sa mère. — Le 8, vendredi; il va à la chasse à Versailles, prend un renard, fait la curée. — Le 9, samedi. Il entre en carrosse et va pour la chasse à Versailles, y dine; après, monte à cheval, va courir un cerf, le prend, revient de bonne heure et prend un renard. Après souper, il va en sa chambre, fait faire son lit, qu'il avoit envoyé quérir de Paris, y aide lui-même. — Le 10, dimanche. Il va à la messe, puis courir un renard, après-diner monte à cheval et arrive à Paris. IL va chez la Reine sa mère, au sermon, puis va jouer à la paume. »

Autre journée un peu moins monotone : 20 février 1623. « Il va à la volerie plénière par les plaines du Roule, vers celle de Saint- Denis; les Reines et les Dames y vont aussi. Elles s’en reviennent et lui, sans découvrir son dessein à personne, va au Bourget, loge à une hôtellerie, y fait lui-même tout. Il étoit en eau, de peine, change de chemise, soupe, à six heures, dela viande qu’un poulail-

(1) Voir le charmant volume d'Armand Bascugr, Le Roi chez la Reine, Plon, 1866, in-8°,

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