MÉLANCOLIE ROYALE
ler de Senlis portoit à des conseillers et à Messieurs des Comptes à Paris; mange peu. Il n'avoit aucuns officiers qu'un porte-manteau ; M. le grand écuyer Bellegarde lui fait son lit; il s’enveloppe dans sa mandille doublée de panne de soie, et se met sur le lit (1). »
À quoi pense-t-1l l'adolescent songeur, les yeux grands ouverts, étendu dans sa cape espagnole? Il se dit peut-être que Luynes lui manque bien. Il est seul, ses ministres sont assommants et ridicules. Il se moque d'eux, tout le premier. Il n'a personne; il ne lui reste que sa mère.
Celle-ci, par l'autorité de l'âge, du sang, par la présence continuelle, s'impose ; elle l'entoure d’une assiduité attentive: sortant de son naturel, elle se lève tôt; surtout qu'on la réveille si le Roi la demande, en partant pour ses chasses. Elle est toujours prête. C'est qu'elle à la pensée constante de son ami; les femmes ont des nerfs d'acier pour le service de leurs passions. Le Roi, dominé par ce travail de captation réfléchie, se serait déjà abandonné à la volonté maternelle, s’il n’entrevoyait parfois, derrière une tenture, cette figure triangulaire et ce regard noir qui l’observent.
Alors, il se dérobe brusquement. Les ministres profitent de ces alternatives, de ces boutades, de ces bourrasques. Ils font leur main sur tout, s’enrichissent effrontément, poussent les leurs dans les emplois, dans les ambassades, éloignent les capacités qu'ils soupconnent de leur nuire; c’est ainsi que Schomberg, surintendant des finances depuis 1619, homme sùûr, expérimenté, bon au conseil, et bon à la guerre, est écarté, le 20 février 1623, par une soudaine résolution du Roi qui est passé maitre, décidément, dans l’art de congédier les gens. Louis XIIL, il est vrai, ne s’est décidé cette fois que sur l’insistance des ministres. Il leur en garde rancune. Done, double faute, de leur part : ils mécontentent le Roi et ils remplacent Schomberg, qui est sûr, par un courtisan qui les trahira, La Vieuville.
Le Roi manifeste son dépit contre Sillery en accordant la préséance, dans le Conseil, au cardinal de La Rochefoucauld sur
(1) Journal de Jean Héroarp (t. IT, p. 288 et suiv.).