‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 466 sur 479 · D42 LES SILLERY HONNIS · texte numérisé non relu

D42 LES SILLERY HONNIS

le connétable et sur le chancelier. Les gens avisés voient poindre, sous cette intrigue, les ambitions prochaines de l'autre cardinal, toujours dans la coulisse, et qui, d'avance, marque sa place.

Cependant le Roi dissimule encore; une nouvelle prétention de Sillery met le comble à leur fortune et rapproche en même temps l'heure de la catastrophe. Caumartin, qui avait recu les sceaux à la mort du duc de Luynes, meurt à son tour. Le vieux Sillery, qui ne s'était jamais consolé de les avoir perdus, les réclame avec la maladresse d’un vieillard têtu et avare. Le Roi les lui laisse comme un jouet. Mais il juge ces gens bien envahissants; 1l a désormais l'oreille ouverte à toutes les critiques (1).

La Cour, l'opinion sentent que cette faveur qui se croit sûre du lendemain, est déjà ruinée. Une violente campagne de pamphlets commence contre les ministres.

Évidemment, il y a un mot d'ordre. La France mourante remet sur le tapis toute la thèse des « bons Francois ». Elle déplore « les partialités dans le Louvre, les consultations secrètes, l'éloignement des bons serviteurs du Conseil, la vente à l’encan des gouvernements, les édits nouveaux, le rétablissement de la Paulette, la licence de mal faire, le gaspillage financier, nulle recherche des malversations, le trafic des intérêts extérieurs, nul soin des alliés, les guerres civiles, les paix fourrées (la paix de Montpellier), la pauvreté du trésor ». Les ministres avaient la réputation den’avoir pas les mains nettes : Le grief devient crime. Ce sont ces Brulart, ces « Nicolaïtes »,le « don Nicolas Platreux », le « Puisieux » et la « Puisieuse » qui sont cause de tout le mal. Pourquoi ce vieillard et les siens s’obstinent-ils à se mettre en travers des jeunes, pleins de mérite, qui marquent le pas? Voici encore un bout de la robe rouge derrière le rideau : « Maïs que dites-vous des élixirs et remèdes du cardinal de Richelieu? Il seroit bien capable d'en donner de bons, s’il vouloit, et principalement à cette heure que son écarlate l'a mis à l'abri des atteintes de l'envie des favoris; mais il est si accommodant à la complaisance du siècle qu'il n'ose parler non plus que la reine mère. »

(1) Zezzer, Ministres (chap. 1x).

fe k +

Page 1