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LE MARQUIS DE LA VIEUVILLE

Il n’y a plus que des enfants perdus qui puissent tenter une pareille aventure. Celui-e1 doit de vivre dans l'histoire à l’honneur qu'il a d’être, pendant trois mois, le concurrent du cardinal de Richelieu; il eut aussi l'honneur et le malheur, tout ensemble, de lui ouvrir la porte. Il s'appelle La Vieuville.

C'était un personnage d'importance médiocre; mais il ne manquait pas d'esprit, et il avait de l’allant. Ayant tâté du métier des armes, il était d'épée. Comme Luynes, il avait fait son chemin par la fauconnerie. Bel homme, il avait épousé la fille d’un certain Beaumarchais qui était un des traitants les plus prodigieusement riches de ce temps. La fortune de son beau-père lui avait acquis du lustre et une manière de compétence dans les affaires d'argent. On attache volontiers à une richesse démesurée une sorte de capacité mystérieuse.

Au moment où les Brulart cherchaient un successeur à Schomberg, La Vieuville étant de leurs amis et mêlé à leurs intrigues, ils le bombardèrent surintendant général. Une fois là, 1l prit de l’assurance. Dirigé probablement par son beau-père, il entreprit quelques réformes utiles dans les affaires de finances. Il prétendit mettre de l’ordre dans le chaos des comptes royaux; 1l se montra économe, serré et, notamment, très regardant sur le chapitre des pensions. Les hommes riches sont souvent peu généreux, peut-être parce qu'ils ne savent pas ce que c’est que de manquer d'argent. Il traitait de haut les gentilshommes solliciteurs, et leur disait qu'il s'appelait M. d’Argencourt ; ou bien encore M. Octobre, quand on lui demandait quelque avance pour le terme de anvier. Les courtisans n’admettent les quolibets que quand une sauce de bienfaits les assaisonne; ils apprécient peu l’économie rudanière. La Vieuville se fit de terribles ennemis, en jouant à l’homme d'État (1).

Quand les Sillery perdirent l'équilibre, il leur passa le crocen-jambe : cette trahison le consacra. À défaut d’autres, on

(1) Voir les pamphlets par lesquels se terminent le Recueil de Luynes, et notamment le Mot à l'oreille. — Cfr. le chapitre si pénétrant des Mémoires de Ricerteu. (t. I, p. 283 et suiv.).

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