‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 473 sur 479 · EMBARRAS DE LA VIEUVILLE · texte numérisé non relu

EMBARRAS DE LA VIEUVILLE

Ainsi, de toutes parts, les difficultés devenaient urgentes. Il s'agissait de la guerre ou de la paix. Ce sont là des responsabilités bien lourdes pour un faiseur de quolibets.

La Vieuville se réveille, épouvanté.

Alors, il se retourne vers ce cardinal, avec lequel il avait cru pouvoir se mesurer. Il s’imagine qu'il est encore possible de l’employer dans une position secondaire, à mi-côte du pouvoir et de la confiance du Roi. Il propose d’établir un « Conseil des dépèches», qui serait chargé des affaires étrangères, et 1l offre à Richelieu Ja direction de ce conseil.

Le cardinal hausse les épaules, et il amuse sa plume à polir une réponse qui nous est parvenue : « Le cardinal ne sauroit assez remercier M. de La Vieuville de l'estime qu'il fait de lui et de la bonne volonté qu'il lui porte. Il tâchera en toutes occasions d'en prendre revanche, en sorte qu’il connoitra que ses intérêts lui seront aussi chers que les siens propres. Mais il Jugera que la proposition faite, en ce qui regarde ledit sieur cardinal, ne seroiït n1 utile au service du Roi, ni bonne pour entretenir l'intelligence qui doit être entre Sa Majesté etla Reine mère et qu'elle seroit périlleuse pour ledit sieur cardinal : non utile pour le service du Roi, pour le peu de connoissance que ledit sieur cardinal a des affaires étrangères passées depuis quelques années, et pour la foible complexion de sa personne; ce qui lui fait préférer une vie particulière à un si grand emploi. Au reste, pour y travailler, il faut prendre des résolutions si généreuses et prudentes qu'elles ne peuvent être attendues que du Roï et du conseil qui est auprès de Sa Majesté. Autrement pendant qu'on prendroit uné résolution au Conseil des dépêches, on en pourroit prendre une autre au Conseil, en présence du roi (1). »

La Vieuville eut alors l’idée de lui offrir l'ambassade d’'Espagne, puis de l'envoyer à Rome remplacer le commandeur de Sillery que l’on venait de rappeler (2). Mais ce diable d'homme refusait tout, avait réponse à tout. La reine mère n admettait qu'une solution, l'entrée au Conseil, et elle avait repris tout son

(1) Correspondance (t. I, p. 783).

(2) Recueil d'Augery (t. I, p. 62).

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