‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 474 sur 479 · ENTRÉE DE RICHELIEU AU CONSEIL · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE RICHELIEU AU CONSEIL

empire sur l'esprit de son fils. Elle ne le quittait plus : à Saint- Germain, à Monceaux, elle le suivait lui répétant toujours la même antienne. Enfin, un jour, à Compiègne, elle tire La Vieuville à part et lui met le marché à la main : « Madame, lui dit-il, vous voulez une chose qui causera infailliblement ma ruine. Et je ne sais si Votre Majesté ne se repentira pas un jour d’avoir tant avancé un homme qu'elle ne connoît pas bien encore. » Pourtant, à bout de ressources, il s'incline. Il propose done lui-même au Roi l'entrée de Richelieu dans le Conseil. Il est vrai qu'il essaya encore de restreindre l’autorité du cardinal. Celui-ci n’assisterait aux séances que « pour donner son avis ». C’est prodigieux à quel point la fatuité politique affole des gens qui d’ailleurs ne sont pas inintelligents!

Richelieu se fit prier. Alléguant surtout sa mauvaise santé, il exposa au Roi, dans une lettre très forte, la gravité de la résolution qui allait ètre adoptée et les conséquences qui devaient s’ensuivre. Le cardinal n'entendait pas être nommé pour faire nombre. Il savait qu'il aurait des décisions importantes à prendre quil «alloit déplaire au tiers etau quart» et qu'il se ferait de nombreux ennemis. Le Roi, « qui avoit eu quelque ombrage de lui dans le passé », se déciderait-il à le soutenir toujours et quand même?

« Si, nonobstant ces considérations, Sa Majesté s’affermit en sa résolution, le cardinal ne peut avoir d'autre réplique que l’'obéissance. Seulement, il supplie Sa Majesté d’avoir agréable que | vaquant, concurremment avec ceux de son Conseil, aux affaires qui concernent le général de son État, il soit délivré des visites et sollicitations des particuliers qui, faisant consommer inutilement le temps qu’on doit employer à son service, achèveraient de ruiner entièrement sa santé; et, de plus, que, comme il entre en cette fonction sans la rechercher ni la désirer, mais par pure obéissance, Sa Majesté sache qu'il n'aura ni ne peut avoir d'autres desseins que la prospérité et la grandeur de son État, et soit si ferme en cette croyance véritable que le cardinal soit assuré que tous les artifices des malins ne pourront avoir aucune force auprès de Sa Majesté au préjudice de sa sincérité (1). »

(1) Mémoires de RIcHELIEU (t. I. p. 287).

C'était un engagement d'honneur qu'il demandait personnellement au Roi. La « tyrannie » commençait. Il fallut écouter ces observations si fières pour un sujet, et en passer par ses conditions. La Vieuville, lui-même, était pressé d’en finir. Le 29 avril 162%, le cardinal de Richelieu prit séance dans le Conseil du. Roi (1).

Terminons avec La Vieuville.

Il se félicitait d'avoir fait entrer Richelieu par la petite porte. Le lendemain, par un coup inattendu et quil avait longuement préparé, celui-ci rappelant le précédent qui avait été jugé, du temps de Sillery, en faveur du cardinal de La Rochefoucauld, réclama la préséance, en sa qualité de cardinal. Un long mémoire dans ce sens fut remis au Roi, bourré d'exemples accablants. Les cardinaux précèdent les princes du sang et autres princes, après lesquels le connétable et le chancelier prennent place et, à plus : forte raison, le surintendant des finances (2).

Celui-ci marchait de déboires en déboires. Déboires au sujet de la négociation du mariage d'Angleterre; déboires au sujet des affaires de Hollande. On lui fait dire le contraire de ce qu’il voudrait. On le mène, par des sentiers qu’il ne connait pas, vers un but qu'il ignore; il est toujours surpris, et en vient à supplier le cardinal de le ménager et de lui expliquer d'avance les avis émis en Conseil, pour qu'il n’ait pas l'air trop balourd devant les autres. Le cardinal promet avec candeur : « La Vieuville songeoit peu aux affaires publiques; son esprit n’étoit occupé qu'aux moyens de se maintenir, etle pauvre homme prenoit des voies du tout capables de le perdre; il prenoit jalousie de son ombre; il étoit haï de toute la cour; on l’appeloit la Véronique de Judas. » La polémique des pamphlets se faisait terrible.

Celle de Fancan aiguisait toutes ses pointes : « On dit, Sire, que La Vieuville fait le maréchal d’Ancre, le Luynes et le Puisieux tout ensemble; présumant tant de lui que de votre conseil, il en:

(1) Sur la date exacte de l'entrée de Richelieu au Conseil et sur le règlement du nouveau Conseil qui fut fait à cette occasion, voir Affaires Étrangères, Mémoires et Doc., vol. 775. — Correspondance (t. II, p. 4, note, et t. VIIT, p. 24).

(2) Recueil d'AugEry, in-f° (t. I, p. 280) et Correspondance (t. II, p. 6).

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