RICHELIEU ET LA VIEUVILLE. H
treprend de résoudre tout, se fâchant si les secrétaires rapporteurs ne concluent aux fins de cet unique sénateur. Il ne faut qu’un fou, dit le proverbe, pour troubler toute la fête. » On rapporte le mot du palefrenier qui reprochait à son compagnon de sangler son cheval tout de travers « comme la cervelle de La Vieuville ». « On veut persuader qu'il est habile homme; mais personne n'y veut ajouter foi, non plus qu'aux nouvelles de l’arrivée de la flotte d’Espagne. Il est copieux en de telles conceptions; mais sa tête ressemble à ces cavales des pays méridionaux qui ne concoivent que du vent (1). »
Le beau-père, Beaumarchais, commence à prendre peur pour ses millions. Les grosses fortunes aiment le silence. Or, les voilà, lui et ses pareils, en plein tapage : «Il n'y a aujourd'hui financier qui ne vive en seigneur et en prince; la plupart d’entre eux, pour s'exempter du gibet, étant alliés aux principales familles du royaume. N'est-ce pas chose horrible de voir un Jacquet épouser la nièce du duc de Mayenne? la fille de Feydeau du comte de Lude? celle de Beaumarchais le maréchal de Vitry? celle de Montmor le fils du maréchal de Thémines?... Et Villautrais qu'on croyoit devoir être pendu après avoir dérobé un million au siège de Montpellier, a marié sa fille au neveu du cardinal de La Rochefoucauld pour s'appuyer de l’écarlate. De manière que la science de dérober est l'unique chemin de s’anoblir maintenant en France... »
Tous les actes de La Vieuville sont passés au crible, son humeur bizarre et bourrue, son esprit léger et malfaisant, ses terreurs, « son agitation perpétuelle ». On reproche à Richelieu d’endurer tout ce qui se passe, « sous prétexte qu'il est homme de compagnie et qu'il veut vivre en société avec tous ».
Il s'agit bien de cela! Il s'agit de la France. Avant tout, 1l faut, dans le conseil, la gravité, l'autorité, l'unité. Il n’y aura rien de tel tant qu’il sera dirigé par cet homme qui n’a ni sens ni conduite, qui n'entend rien aux affaires extérieures, qui n’a d’accointance qu'avec les traitants, qui pille le prince et le trésor, « aliène la cour et la noblesse » et n’est qu'un charlatan
(1) La Voix publique au Roi : Recueil de Luynes, édit. 1627 (p. 551).