ARRIVÉE A BORDEAUX
Le commandement de l’escorte qui accompagnait le roi fut confié au duc de Guise, et celui de l’armée destinéeà agir contre le prince de Condé fut remis au maréchal de Bois-Dauphin. Léonora Galigaï accompagnait la reine et, en l’absence de son mari, elle veillait à la défense des intérêts communs. Durant ce voyage, l'habile femme sut conserver son influence et, puisque tout était ajourné, préparer les événements décisifs pour l’époque de la rentrée à Paris.
Le voyage s’accomplit beaucoup plus facilement qu'on ne l'avait pensé. L'armée du prince de Condé, conduite cependant avec une grande habileté par le duc de Bouillon, n’était pas assez forte pour en venir aux mains avec les troupes royales. Condé s'était en vain efforcé d’intéresser à sa cause les puissances hostiles à l'Espagne (1). Le parti protestant, qui avait fait mine de s’associer à la révolte des princes, n'avait pas su s'organiser à temps. D'ailleurs, il était divisé et les plus sages blâmaient ces imprudentes et eriles manifestations (2). La campagne militaire se borna à quelques escarmouches insignifiantes et, de la part des troupes de Condé, à des violences infinies qui les rendirent odieuses à tout le monde et notamment aux provinces de l’ouest, où elles séjournèrent le plus longtemps (3).
La cour arriva à Bordeaux le 7 octobre 1615. Elle devait y rester jusqu'au 17 décembre. Au cours de ces deux mois, l'échange des deux princesses — celle qui allait régner en Espagne, Élisabeth,
(1) Voir, notamment, l’importante conversation qu'eurent le prince de Condé ét le.
maréchal de Bouillon avec l'ambassadeur vénitien Contarini, qui la raconte dans sa lettre du 9 avril 1615. Les princes insistent sur ce fait qu'on abandonne tous les anciens alliés de la couronne pour courir aux mariages espagnols. Dép. de CONTARINI (vol. 1768, f°s 24-31).
(2) Le rôle des protestants et notamment les sages conseils de Duplessis-Mornay et de Lesdiguières sont rappelés avec détail par Levassor (t. I, p. 445-453). — Voir aussi Mercure françois (t. IV, p. 214-220). — La sagesse relative du duc de Rohan, à cette époque, s'explique par ce fait qu'il désirait obtenir la survivance du gouvernement du Poitou, qui appartenait à son beau-père, Sully, Cfr. ANQuEz, Assemblées politiques, ete.
(3) Les hommes politiques étaient moins frappés de ces souffrances que des qualités de commandement que Condé, guidé d’ailleurs par le maréchal de Bouillon, avait déployé dans celte marche hardie à travers la France. Elles faisaient contraste avec l'impéritie de Bois-Dauphin qui (lié probablement par les ordres de la cour) avait laissé passer toutes les occasions de combattre avec des forces très supérieures. V. Journal de BASsomPIERRE et Dépêches de ConNrarini (vol. 1768, f° 274).
Ur PO
a Or ET A : SINCLAR ER LE SAT