‹ Histoire du Cardinal de RichelieuChapitre 72 sur 479 · PREMIÈRES VISÉES POLITIQUES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES VISÉES POLITIQUES

était-elle le seul motif de ses hésitations? Richelieu craignait-1l seulement de se compromettre? Cette explication, à la rigueur, peut suffire. Il est inutile de rechercher s’il n'y avait pas, tout au fond, dans cette âme soupconneuse, comme une sorte de méfiance et d'inquiète ingratitude à l'égard d’un homme dont l'esprit supérieur avait peut-être, au début, étonné le génie de l'élève devenu maitre à son tour (1).

EI. — L'évêque de Luçon, de mars 1615 à décembre 1616.

Dans le groupe politique qui se pressait autour de Marie de Médicis et de Concini, l’évêque de Luçon lui-même n'apparait qu’assez tardivement; il faut dire, maintenant, en quelles circonstances il s’y était fait une place.

A la clôture des États, qui avait eu lieu le 21 mars 1615, Richelieu était resté sur son beau succès oratoire et sur les éloges qu'il lui avait valus, notamment dans le monde épiscopal. C'était une force, à cette époque, que l’adhésion du haut clergé. Richelieu en concut un juste sentiment de fierté, une confiance nouvelle en sa valeur et en son avenir. Mais il semble qu'il éprouva, en même temps, comme une sorte de surprise du peu d'empressement que mirent la cour et les ministres à recourir à lui. Le monde politique apprécie mal le genre de mérites dont Lucon se targuait alors : les petites besognes et les petites passions l’absorbent presque toujours; les grands talents ne l’intéressent que quand ils consentent à se mêler à ses jeux. Une fois les États terminés, personne à la cour ne songea plus à l’évèque de Lucon.

Une de ces crises de fatigue et d’abattement qui accompagnent

(+) Voir Correspondance de RicueLieu (t. I, p. 699, t. VII, p. 422, p. 472 et surtout p. 521 et p. 931).— Mémoires de Brienne (éd. de 1721,t. I, p. 65). — Journal d'ARNAULD D'ANDILLY (p. 167) et Mémoires du même (p. 369). — Mémoires de RicueLteu (t. I, P. 66, 72, 188). — DE Tao, loc. cit. (t.X,p. 598). — Relation de Dupuy dans l'Histoire des Favoris (p. 75-76). Les détails les plus complets sont dans les Mémoires de MonTeLaT. — AUBERY, qui est un apologiste, relève un trait assez curieux de la reconnaissance que Richelieu aurait gardé pour Barbin : dans son testament, il aurait légué une somme de trente mille livres au baron de Broye, héritier de son ancien ami. Cela a presque l'air d'une restitution. Histoire de Richelieu (p. 10).

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