CORRESPONDANTS DE RICHELIEU
entre nous qu’au cas que le roi nous refusât la publication du con-
cile sur laquelle nous insistons, nous la ferions en nos conciles
provinciaux et tâcherions de la faire observer en nos diocèses. Mais il sy trouve bien des difficultés... Je vous écrirai par le menu tout le progrès qu'aura pu faire cette affaire, la plus grande et la plus importante qui soit pour le rétablissement de la gloire de Dieu en ce royaume. » Dans cette même lettre, l’évèque de Nantes témoigne à celui auquel il rend compte « du désir qu'a toute la compagnie de vous gratifier et testifier l’estime qu'elle fait de vos actions, »... « M. de Bourgueil et moi, ajoute-t-1l nous sommes vos petits disciples. » Et enfin, il fait l’allusion la plus délicate à l'intimité qui lie l’'évèque d'Orléans, l’Aubespine, à l’évèque de Lucon. Nous allons voir comment celui-ci en usait avec cette amitié (1).
Vers cette même époque, en effet, il recevait une lettre qui émanait encore d’un ecclésiastique, mais qui devait avoir, pour lui, une tout autre saveur. Le signataire était Bertrand d’'Eschaux, évêque de Bayonne. Il avait avec lui des relations déjà anciennes. Très lié avec Duvergier de Hauranne, avec Jansenius, avec La Rocheposay, Bertrand d'Eschaux appartenait à cette étroite intimité des amis de la première heure que nous avons vus se grouper autour des deux évêques de Poitiers et de Luçon. Il avait un pied à la cour. Béarnais, de très bonne souche, il était aumônier du roi. C'était un esprit cultivé, mais original, avec des manières et un langage gascons qui prètaient un peu au ridicule. Il allait être nommé bientôt à l’archevèché de Tours, et ne devait manquer, plus tard , le chapeau de cardinal que par suite de l'opposition qu'il rencontra chez son ancien ami, Richelieu. Il vécut très vieux et resta jusqu’au bout très amoureux des belles-lettres et des belles personnes (2). Or, c'est lui, dans les circonstances que nous allons dire, qui ouvrit à l’'évèque de Luçon le chemin des grands emplois.
(1) Arr. Érr. (t. 770, fo 42). Sur les questions relatives au concile de Trente, traitées dans l'assemblée du Clergé, voir Dépéches de Conrarinr, Biblioth. Nat., fonds italien (vol. 1768, fo 175).
(2) Sur Bertrand d'Eschaux, voir l'Historiette de Mme de Chevreuse dans TALLEMANT DES RÉAUX, et la Mme de Chevreuse de V. Cousiw, édit. in-12 (p. 115); TAMIZEY DE LARROQUE, Lettres inédites de Bertrand d'Eschaux au secrétaire d'État, Villeroy. Extrait de la Revue de Gascogne, 1864. — Cfr. Mémoires du P. Rarin (t. I, p. 32).